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Hémicycle

Guillaume Leblanc (RELX) : trouver la bonne information, pas plus d'information

Head of Government Affairs France et Europe du Sud chez RELX, Guillaume Leblanc raconte la fabrique de la décision publique, le lobbying interne et la place de l'IA de confiance dans les affaires publiques.

Guillaume Leblanc, Head of Government Affairs France et Europe du Sud chez RELX

Comment décide-t-on, vraiment, dans la vie publique ? Et que devient le métier de lobbyiste quand l’information n’est plus rare, mais surabondante ? Dans cet épisode d’Hémicycle, Guillaume Leblanc défend une conviction simple : l’enjeu n’est plus de trouver l’information, mais de trouver la bonne.

Dans ce nouvel épisode du podcast Hémicycle, Pierre Laburthe reçoit Guillaume Leblanc, Head of Government Affairs pour la France et l’Europe du Sud chez RELX, le groupe qui réunit Elsevier, LexisNexis, LexisNexis Risk Solutions et RX France. Ancien directeur des affaires publiques France et Europe du MEDEF, il a observé la décision depuis le cabinet d’un élu, depuis une grande organisation patronale et depuis l’entreprise. Cette triple expérience lui donne une lecture rare de la manière dont les arbitrages se prennent, et une définition exigeante de son métier : être un connecteur.

Comment se prennent vraiment les décisions

Quinze ans passés dans des structures très différentes ont appris trois choses à Guillaume Leblanc sur la décision publique.

D’abord, ce n’est pas toujours la décision la plus rationnelle qui l’emporte. De multiples facteurs entrent en jeu, et le choix retenu n’est pas forcément le plus logique.

Ensuite, c’est souvent le plus petit dénominateur commun qui apparaît comme la décision. On est dans une logique de compromis, parfois de coconstruction. Cela peut décevoir, mais c’est aussi ainsi que la démocratie fonctionne, ce qui tranche avec la radicalité ambiante du débat politique.

« C’est souvent le plus petit dénominateur commun qui apparaît comme la décision. Ça peut être décevant, mais c’est un peu la manière dont la démocratie fonctionne. »

Enfin, il y a une relative solitude du décideur public. Le conseiller apporte les éléments pour décider dans les meilleures conditions, au sens noble du terme. Mais à la fin, le décideur reste seul, et la décision est souveraine. Guillaume Leblanc en donne un exemple frontal : porter un amendement sur la fin de vie, c’est engager sa responsabilité au moment de le déposer ou de le cosigner. D’où l’importance, dit-il, de sacraliser la décision pour qu’elle reste intègre et construite.

RELX : coordonner l’influence, à la croisée de quatre métiers

RELX, c’est un groupe européen de dimension internationale, 1500 personnes en France, dont le cœur de métier est de produire du savoir qualifié et professionnel pour des communautés juridiques, scientifiques, médicales et bancaires. Du B2B, donc, avec quatre filiales aux besoins distincts : Elsevier auprès des chercheurs et des professions médicales, LexisNexis dans le droit, LexisNexis Risk Solutions dans la banque, et RX France pour les salons professionnels.

Le rôle de Guillaume Leblanc n’est pas de diriger les affaires publiques de chaque filiale, mais de coordonner l’activité influence du groupe pour l’Europe du Sud, France comprise, en lien avec son patron basé à Londres. Des entités déjà très structurées, parfois autonomes, parfois en silos. Lui se tient à l’interface, et calibre son intensité selon l’empreinte business et l’actualité de chaque pays. Quand il intervient en Espagne autour d’un cycle de conférences universitaires organisé par Elsevier, il y va toujours en partenariat avec les entités concernées, jamais seul.

Le MEDEF, ou le rapport de force comme évidence

Du passage au MEDEF, Guillaume Leblanc retient d’abord un hommage : une belle machine, des collaborateurs très engagés, et une étiquette qu’il faut savoir assumer quand on travaille pour les entreprises de France. Le MEDEF ne fait pas de politique, mais c’est clairement un acteur du champ politique, au même titre que les organisations syndicales qui font vivre la démocratie sociale. Pouvoir s’appuyer sur des partenaires de confiance, dans une logique de consensus et de compromis, a du bon.

Sa leçon principale tient en un mot : le rapport de force est consubstantiel au pouvoir. Quand le président du MEDEF formule publiquement des propositions sur le PLF et la fiscalité, il prend part au débat et oblige les autres à se positionner. Faire des propositions, c’est déjà entrer dans un rapport de force.

Trouver la bonne information, pas plus d’information

C’est le cœur de l’épisode, et la conviction qui lui donne son titre. Le problème, aujourd’hui, n’est pas d’accéder à l’information : il y en a une masse. Le vrai défi est d’accéder à la bonne information, fiable, exploitable et de qualité. Guillaume Leblanc compare ce travail à celui d’un journaliste : croiser les sources, remonter à l’origine, comprendre comment les choses fonctionnent.

« Le plus compliqué, ce n’est pas d’accéder à l’information, c’est plutôt d’accéder à la bonne information. C’est un peu, toute comparaison gardée, un travail journalistique. »

Le bon lobbyiste, pour lui, est celui qui développe une véritable intelligence situationnelle : avoir la bonne information au bon moment, connaître ses dossiers, et savoir traduire un sujet sectoriel complexe dans des termes compréhensibles qui parlent aux responsables politiques.

Le premier public d’un lobbyiste, c’est l’interne

Avant de convaincre à l’extérieur, le travail commence en interne. Guillaume Leblanc décrit une vraie ambivalence avec ses propres équipes. Elles sont d’abord ses meilleures alliées : ce sont elles qui détiennent l’expertise, les chiffres, l’histoire de l’entreprise, le plan stratégique et les contraintes du business. Elles sont aussi, entre guillemets, ses meilleurs ennemis, parce qu’il faut les convaincre de l’utilité de la fonction et créer une relation de confiance, en allant au contact et en rendant compte de ses actions.

« J’aime bien le mot connecteur. »

D’où ce rôle de connecteur qu’il revendique, surtout dans un groupe complexe et cloisonné comme le sien. Sa méthode est concrète : des réunions régulières avec les équipes commerciales, et un point semestriel réunissant les quatre patrons des entités françaises pour balayer l’actualité business et politique. L’objectif est de faire circuler les opportunités d’une filiale à l’autre. Il en donne un exemple : utiliser Big Data IA, le salon dédié à l’IA de RX France, comme plateforme pour valoriser les produits d’IA générative développés ailleurs dans le groupe.

Sur une zone aussi large que l’Europe du Sud, et face à des sujets qui passent de la banque à la science puis au droit, Guillaume Leblanc s’appuie sur trois ressources : les équipes internes et leur historique de relations avec le secteur public, un cabinet externe qui l’accompagne, et les organisations professionnelles dont RELX est membre dans l’édition, le numérique et les salons.

L’IA au quotidien, entre enthousiasme et prudence

Guillaume Leblanc utilise l’IA de plus en plus, tout en restant en phase de découverte et tenu par des règles de compliance internes (impossible de tout partager sur un abonnement privé). Il en parle avec enthousiasme, jusqu’à évoquer un mot appris récemment, les « podslops », ces podcasts entièrement générés par l’IA, qui rouvrent le débat sur la labellisation des contenus.

Deux convictions structurent son rapport à la technologie. La première : les professionnels des affaires publiques ne vont pas se faire « disrupter » de sitôt, car le métier restera fait de relations interpersonnelles, de contact et de lien humain. La seconde : l’IA est une formidable manière de mieux structurer la matière première du métier, l’information, à la fois dans sa collecte (il cite des outils comme Legiwatch) et, surtout, dans sa diffusion en interne.

« On a toujours sa petite boucle de mail répétitive. Je suis convaincu qu’il y a une autre manière de faire les choses. »

C’est ce second champ qui l’intéresse le plus. Comment, une fois la donnée collectée et agrégée, la restituer et la rendre accessible aux collègues du business. Il y réfléchit sous la forme d’un projet pilote, encore à inventer, pour sortir des éternelles chaînes de mails et rendre la fonction plus percutante.

L’IA de confiance et les contenus protégés

C’est le second grand sujet de l’épisode, et une priorité de lobbying assumée. RELX fait de l’IA depuis une dizaine d’années, d’abord extractive, désormais générative, avec une quinzaine de produits dans le groupe. Le fondamental reste le même : produire du savoir de qualité, l’agréger, le délivrer. L’IA générative ouvre simplement un champ des possibles plus large et des services plus performants.

La singularité du groupe, insiste Guillaume Leblanc, c’est que RELX n’est pas un LLM. L’entreprise prend ses contenus et s’appuie sur des modèles tiers, type OpenAI ou Anthropic, pour mettre des produits sur le marché. Ce qui compte pour elle, ce n’est pas de faire le plus gros modèle, mais la qualité de l’information et la fiabilité des données servies aux clients. C’est tout le sens de l’IA de confiance.

De là découle un combat sur les contenus protégés. En tant que propriétaire de contenus « allègrement scrapés » à une époque, Guillaume Leblanc regrette que l’on n’ait pas appliqué, au lancement des grands modèles entraînés sur ces contenus, la même prudence que celle observée, raconte-t-il, à la sortie récente d’un modèle de pointe (il cite le dernier modèle de Claude), dont les capacités auraient suscité une vive inquiétude sur le terrain de la cybersécurité.

Sa priorité tient en une phrase : construire un marché avec des acteurs de l’IA pérennes, y compris européens, dotés de règles du jeu claires. L’IA Act a le mérite d’exister et de structurer le marché européen, mais manque encore de transparence et d’efficacité pour aller vers une logique de partenariats et d’accords collectifs. Ce cadre devra sans doute être complété : Guillaume Leblanc juge légitime la proposition de loi sur les présomptions d’utilisation des contenus, en cours d’examen au Parlement. Le tout sur fond d’un débat ancien entre création et innovation, qui ressurgit en France à chaque révolution technologique, et où RELX se situe à la jonction, mais d’abord en tant qu’ayant droit. Il rappelle avoir participé à la consultation nationale réunissant acteurs de l’IA et de la création autour de la table, comme aux travaux européens sur l’IA Act.

Vrai / Faux

« Le problème des affaires publiques aujourd’hui, ce n’est pas le manque d’informations, c’est son excès. »Faux. Pour Guillaume Leblanc, on ne fait jamais assez d’affaires publiques. Le croisement des intérêts est le signe d’une démocratie vivante. Le sujet n’est pas la quantité, c’est la qualité.

« En entreprise, les affaires publiques doivent d’abord convaincre en interne. »Vrai. Convaincre, et surtout rassembler. Quand on est fédérateur et connecteur, il est bien plus facile d’embarquer ses collègues sur une cause.

« Un projet IA utile commence par un usage, pas par un outil. »Ultra vrai. L’IA n’est qu’un outil. Un projet n’est utile que s’il part d’un usage réel.

Savoir oser : le conseil aux étudiants

À ceux qui veulent démarrer en affaires publiques, Guillaume Leblanc adresse une recommandation : savoir oser. Avoir des projets, sortir du cadre, accepter une part de risque. Il en donne un exemple concret. À l’occasion des Jeux paralympiques de 2024, il a monté avec le patron d’une filiale un projet qui a envoyé une quarantaine de bénévoles des quatre entités de RELX au Club France. Un side project en apparence éloigné du lobbying, mais qui a créé un collectif, donné de la fierté d’appartenance et nourri, au fond, une vraie stratégie d’influence.

À retenir de cet épisode

🎧 Pourquoi l’écouter :

  • Une lecture lucide de la fabrique de la décision : rarement la plus rationnelle, souvent le compromis, toujours la solitude du décideur.
  • La conviction qui donne son titre à l’épisode : trouver la bonne information, pas plus d’information, par un travail presque journalistique de croisement des sources.
  • Le lobbying interne comme premier chantier, et le métier vu comme celui d’un connecteur.
  • Une vision exigeante de l’IA de confiance vue d’un producteur de savoir qualifié, et le combat sur les contenus protégés.
  • Un conseil aux étudiants en une formule : savoir oser.

🎧 Retrouvez l’intégralité de l’épisode d’Hémicycle avec Guillaume Leblanc ci-dessus ou sur Ausha, Spotify, Apple Podcasts et toutes les plateformes d’écoute.

Pour suivre la fabrique de la loi et accéder à la bonne information au bon moment, Legiwatch indexe en temps réel l’activité de l’Assemblée et du Sénat : découvrir la veille parlementaire.

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