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Hémicycle

Hugues d'Antin (In the loop) : de SUEZ à l'IA, 20 ans d'affaires publiques racontés

De SUEZ à Fairmat, de l'OPA Veolia au verdissement de la commande publique, Hugues d'Antin raconte 20 ans d'affaires publiques et lance sa formation IA pour lobbyistes.

Hugues d'Antin (In the loop) : 20 ans d'affaires publiques, de SUEZ à l'IA

Comment passe-t-on de la direction des relations institutionnelles d’un mastodonte de l’environnement à la création d’outils d’IA pour les équipes affaires publiques ? Dans cet épisode d’Hémicycle, Hugues d’Antin déroule 20 ans de carrière, du conseil à SUEZ, de Fairmat à In the loop, en passant par l’OPA Veolia et la loi Climat et Résilience.

Dans ce nouvel épisode du podcast Hémicycle, Pierre Laburthe reçoit Hugues d’Antin, fondateur d’In the loop et l’un des experts partenaires de Legiwatch Advisory. Près de 20 ans d’affaires publiques avec un fil rouge limpide : l’environnement, toujours traité comme un sujet économique et industriel.

Un fil rouge-vert : faire de l’environnement un sujet business

Hugues d’Antin n’est pas venu aux affaires publiques par vocation, mais par curiosité thématique. Collaborateur parlementaire auprès du député Bernard Carayon pendant ses études à Sciences Po et à l’EGE (intelligence économique), il découvre alors la fabrique de la loi… et un environnement de travail qui le passionnera durablement.

« Ce qui fait toute la saveur de ce métier, c’est cette capacité d’empathie et d’adaptation à l’interlocuteur. Pouvoir parler à tout le monde, s’adapter à des schémas idéologiques qui ne sont pas les siens. Ça demande une certaine plasticité. »

Après ses débuts dans le conseil, il rejoint SUEZ pour 13 ans, d’abord sur les territoires (partenariats avec les associations d’élus locaux), puis à la direction des relations institutionnelles du groupe entre 2020 et 2023.

L’OPA Veolia sur SUEZ : huit mois de défensive d’état-major

Hugues prend ses fonctions de directeur des relations institutionnelles une semaine avant le premier confinement… et six mois avant l’OPA de Veolia sur SUEZ. Pendant huit mois, entre septembre 2020 et avril 2021, c’est la survie du groupe qui se joue.

« En tant que directeur des affaires publiques, tu te retrouves un peu à faire campagne électorale pour la survie de ta boîte. »

Son premier réflexe — faire du grassroots lobbying, mobiliser chaque collaborateur en ambassadeur — est rapidement tempéré par sa hiérarchie. La leçon retenue : les OPA hostiles se gagnent en bataille d’état-major, pas en mobilisation générale, parce que la vie continue et qu’il faut faire tourner des activités essentielles.

Après l’accord d’avril 2021, un nouveau défi émerge : faire exister SUEZ dans le débat public pendant que les nouveaux actionnaires et la nouvelle direction se mettent en place. Les affaires publiques deviennent l’un des leviers de cette re-existence.

Cas d’école : la loi Climat et Résilience et le verdissement de la commande publique

C’est en plein dans cette séquence que se joue ce qu’Hugues considère comme son dossier le plus marquant : élargir le verdissement de la commande publique aux concessions de service public.

Le projet de loi initial ne couvrait que les marchés publics. Or SUEZ intervient principalement via des délégations de service public — donc hors du périmètre. Hugues identifie le levier :

« Demain, on répondra à une DSP d’eau potable en parlant de toute l’innovation qu’on est capable de mettre. On peut prouver que ça va avoir un impact environnemental positif. Il faut que la collectivité prenne en compte ces critères-là. »

Le pouvoir de la coalition (même informelle)

Hugues contacte directement Sandra Marsaud, rapporteure de la partie commande publique. Sa première réaction est lucide :

« Je vois bien votre intérêt, mais vous ne pouvez pas être les seuls à me le demander. »

Tout le travail consiste alors à embarquer d’autres voix :

  • des PME qui partagent l’intérêt à la reconnaissance de l’innovation environnementale dans les appels d’offres ;
  • les associations nationales d’élus, et notamment France Urbaine, qui démontre une vraie attente côté collectivités ;
  • en filigrane, les start-ups Green Tech pour qui ces critères seront un levier d’accès aux marchés publics.

Résultat : l’amendement est adopté. Mais avec une réalité du métier souvent sous-estimée — la patience. La mesure n’entre véritablement en application qu’à partir d’août 2026.

« Les affaires publiques, c’est un métier où il faut savoir être patient. »

Le grand écart vers Fairmat : la posture offensive de la start-up

Après SUEZ, Hugues rejoint Fairmat, start-up industrielle spécialisée dans le recyclage de la fibre de carbone. Le contraste est saisissant.

De la forteresse assiégée à l’attaque

Dans un grand groupe, dit-il, le quotidien d’un lobbyiste ressemble à un « syndrome de la forteresse assiégée » : on passe son temps à demander des prolongations avant telle interdiction, à défendre des activités sur lesquelles repose la rentabilité historique.

« Dans une start-up, par définition, tu n’as rien à perdre. »

Et il y a un second changement de braquet, lié au sujet lui-même. Le recyclage de la fibre carbone se heurte parfois à des barrières à l’entrée déguisées en droit de l’environnement — le statut des déchets servant à protéger les acteurs en place.

L’aveu rarement formulé : ONG et grands groupes alignés

Hugues raconte aussi une vérité que peu de lobbyistes assument publiquement : sur certains dossiers, grands groupes et ONG poussent dans la même direction.

Exemple précis : la directive européenne sur l’assainissement. SUEZ et plusieurs ONG ont défendu en parallèle l’application du principe pollueur-payeur au secteur des cosmétiques, source de micropolluants dans l’eau.

« C’est rarement dit parce que les ONG, ça va les embêter de se dire qu’elles font le jeu de grands groupes. Mais c’est la réalité. Je préfère que ce soit dit de manière transparente que de manière détournée ou opaque. »

In the loop : former les équipes affaires publiques à l’IA opérationnelle

Aujourd’hui, Hugues se lance en solo avec In the loop. Son ambition n’est pas de faire du gadget, mais de former les directions d’affaires publiques, les cabinets de conseil et les fédérations professionnelles à un usage concret et opérationnel de l’IA.

La conviction : la barrière technologique tombe

Sa thèse, étayée par sa propre formation au no-code et à l’IA :

« La frontière entre ce qui est tech et ce qui n’est pas tech est en train de se dissiper. Demain, un manager pilotera à la fois ses collaborateurs et ses agents IA. »

Concrètement, il propose aux équipes affaires publiques de créer leurs propres outils sur mesure :

  • générateurs de suggestions de coalitions (y compris des alliés inattendus) ;
  • aide à la rédaction d’amendements, de notes de position, de fiches sur les députés et sénateurs ;
  • structuration des process internes pour gagner du temps sur les tâches répétitives.

Le parti pris est revendiqué : partir du cas d’usage métier, pas de la technologie. Avec la promesse de transmettre en quelques heures ce qu’il a mis trois mois à apprendre — et de livrer un outil sur mesure à la fin de la formation.

Pourquoi c’est complémentaire avec la veille parlementaire

Hugues distingue clairement deux territoires :

  • La veille, où l’enjeu est l’assurance tout risque sur la fiabilité de l’info — c’est précisément le métier de Legiwatch, qui garantit la donnée structurée et vérifiée en amont.
  • L’usage IA aval, où l’on peut être plus inventif et créatif : amendements, coalitions, notes, biographies, scénarios.

« Une fois que tu as une bonne donnée, tu peux t’éclater. »

Vrai / Faux : carnet d’adresses et formalisation des process

« Les affaires publiques restent avant tout une histoire de carnet d’adresses. »Réponse nuancée. Pendant longtemps, Hugues aurait répondu faux — par fierté pour la professionnalisation du métier. Mais à mesure que l’IA prend en charge l’expertise, la rédaction, la synthèse et la diffusion d’arguments, ce qui ressort comme véritablement différenciant, c’est le contact humain et le réseau. Le carnet d’adresses pourrait redevenir un actif stratégique majeur.

« Pour que l’IA marche, il faut d’abord formaliser les process. »Vrai. L’IA n’apportera de valeur que dans des organisations qui ont des process clairs et des données rangées. Pas de raccourci : avant d’automatiser, il faut structurer.

Le message aux étudiants : montrer ce qu’on a déjà construit

Le conseil d’Hugues aux étudiants en affaires publiques est limpide :

« Sur le CV de demain, à côté du diplôme, il faudra pouvoir montrer ce qu’on a déjà construit. Lien GitHub à l’appui. Je pense que ça fait partie maintenant des compétences. »

Avec l’IA, dit-il, « quand on a une intention stratégique claire, on a tellement de moyens de la mettre en œuvre qu’il n’y a pas d’excuses pour ne pas faire ».

À retenir de cet épisode

🎧 Pourquoi l’écouter :

  • Le récit d’insider d’une OPA hostile (Veolia-SUEZ) côté affaires publiques.
  • Un cas d’école de coalition informelle sur la loi Climat et Résilience et le verdissement de la commande publique.
  • Le contraste grand groupe vs start-up dans la pratique du lobbying.
  • Une vision claire et opérationnelle de l’IA appliquée aux affaires publiques, sans hype.
  • Un message direct sur la professionnalisation du métier et les compétences attendues demain.

Hugues d’Antin est l’un des experts partenaires de Legiwatch Advisory, notre cabinet de conseil en affaires publiques. Pour bénéficier de son expertise IA & affaires publiques, prenez rendez-vous.

🎧 Retrouvez l’intégralité de l’épisode d’Hémicycle avec Hugues d’Antin ci-dessus ou sur Ausha, Spotify, Apple Podcasts et toutes les plateformes d’écoute.

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