Projet de loi · fiche du texte
Travail le 1er mai des boulangers-pâtissiers et fleuristes : ce que prévoit le projet de loi
Le projet de loi ouvre une dérogation permettant aux boulangers-pâtissiers artisanaux et aux artisans fleuristes d'employer des salariés volontaires le 1er mai, sous réserve d'un accord de branche. Adopté par le Sénat le 16 juin 2026 après le rejet de plusieurs motions de procédure, il doit maintenant être examiné par l'Assemblée nationale dans le cadre de la procédure accélérée.
Ce que change le texte : une dérogation ciblée et conditionnée au dialogue social
L'article unique du projet de loi modifie l'article L. 3133-6 du code du travail. Il ajoute un paragraphe II qui autorise les boulangers-pâtissiers et les fleuristes, remplissant les conditions prévues par le code de l'artisanat, à occuper des salariés volontaires le 1er mai.
Cette possibilité n'existe que si un accord de branche la prévoit expressément, réserve l'occupation aux seuls salariés volontaires et leur donne droit à l'indemnité déjà définie pour le travail du 1er mai. L'accord de branche doit également fixer les modalités de recueil de l'accord écrit du salarié et les conditions dans lesquelles ce dernier peut changer d'avis.
Le droit commun reste inchangé pour les autres secteurs : le 1er mai demeure le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour l'ensemble des salariés, sauf établissements ne pouvant interrompre leur activité en raison de la nature de celle-ci.
Les objectifs affichés par les auteurs du texte
Selon l'exposé des motifs, l'état du droit actuel, qui impose une analyse au cas par cas de la nature de l'activité pour justifier une dérogation, « est source d'incertitudes et de difficultés pour certains secteurs, en particulier pour la boulangerie-pâtisserie artisanale et les artisans fleuristes ».
Les auteurs indiquent qu'à l'issue de concertations avec les partenaires sociaux, le Gouvernement a choisi de « recentrer la dérogation de droit envisagée sur les secteurs des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes », ces deux activités répondant selon eux à des besoins essentiels de continuité de la vie sociale ou s'inscrivant dans la tradition du 1er mai, notamment la vente de muguet.
L'exposé des motifs précise que le texte vise une clarification « sans remettre en cause le principe du chômage de ce jour particulier », en s'appuyant sur le dialogue social de branche pour encadrer strictement le recours au travail ce jour-là.
Un débat marqué par la contestation de plusieurs groupes de gauche
Au Sénat, trois motions de procédure ont été déposées contre le texte. Le groupe CRCE-K a présenté une motion d'irrecevabilité estimant que le projet de loi « porte atteinte à l'un des socles de la République sociale telle qu'elle est portée par l'article 1er de la Constitution » ; elle a été rejetée par 98 voix contre 247.
Le groupe SER a défendu une motion de renvoi en commission, jugeant que le texte « remet en cause cet équilibre symbolique et juridique » attaché au 1er mai, rejetée par 98 voix contre 244. Le groupe GEST a déposé une question préalable dénonçant, selon l'exposé de son amendement, « un coup de force contre la démocratie sociale et parlementaire », également rejetée par 98 voix contre 244.
Ces trois votes montrent une opposition constante entre, d'un côté, les groupes SER, CRCE-K et GEST votant pour ces motions, et de l'autre les groupes LR, UC, LIRT et RDPI votant contre, ce qui préfigure le clivage observé lors du vote final sur l'ensemble du texte.
Des amendements de fond rejetés en nombre
Le groupe GEST, principal déposant avec 34 amendements, a notamment proposé de remplacer dans l'article la mention de salariés « volontaires » par « déclarés volontaires », estimant que « le volontariat demeure un mythe qui nie l'asymétrie de la relation de travail ». Cet amendement a été rejeté sans scrutin public, comme la quasi-totalité des amendements du groupe.
D'autres amendements du GEST visaient à doubler ou tripler l'indemnité versée aux salariés travaillant le 1er mai, à interdire le travail de nuit ce jour-là, ou à soumettre la dérogation à l'avis conforme du comité social et économique. Tous ont été rejetés.
Le groupe GEST a également demandé, par un amendement s'appuyant sur une recommandation du Conseil d'État, de modifier l'intitulé du projet de loi pour supprimer le terme « sécurisation », jugé trompeur puisqu'il s'agit selon cet amendement de « la création d'une nouvelle dérogation » et non d'une clarification d'un droit existant ; cet amendement a lui aussi été rejeté.
Plusieurs amendements de repli du GEST demandaient des rapports du Gouvernement au Parlement sur les conséquences de la dérogation pour la vie associative, les braderies, les marchés populaires ou les rassemblements de véhicules anciens organisés le 1er mai ; aucun n'a été adopté.
Où en est le texte
Le projet de loi a été adopté par le Sénat le 16 juin 2026 par 229 voix pour et 110 contre, avec 3 abstentions. Les groupes LR, UC, LIRT et RDPI ont majoritairement voté pour, tandis que SER, CRCE-K et GEST ont voté contre ; le groupe RDSE était partagé.
Le texte a ensuite été transmis à l'Assemblée nationale, qui a entamé son examen en première lecture le 17 juin 2026. La procédure accélérée engagée par le Gouvernement limite le texte à une seule lecture dans chaque chambre avant qu'une commission mixte paritaire ne soit, le cas échéant, réunie en cas de désaccord entre les deux assemblées.
Les amendements à retenir
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Amendement n° 3 · GEST · Rejeté
Motion du groupe GEST opposant la question préalable, jugeant le texte constitutif d'une atteinte au caractère symbolique du 1er mai ; rejetée par scrutin public au Sénat.
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Amendement n° 16 · SER · Rejeté
Motion du groupe SER demandant le renvoi du texte en commission au motif que le 1er mai bénéficie d'un régime juridique spécifique remis en cause par le projet de loi ; rejetée par scrutin public.
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Amendement n° 1 · CRCE-K · Rejeté
Motion d'irrecevabilité du groupe CRCE-K estimant que le texte porte atteinte à la République sociale garantie par la Constitution ; rejetée par scrutin public.
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Amendement n° 6 · Article unique · GEST · Rejeté
Amendement du GEST visant à qualifier les salariés de « déclarés volontaires » plutôt que « volontaires », pour souligner l'asymétrie du rapport employeur-salarié ; rejeté.
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Amendement n° 5 · Intitulé du PJL · GEST · Rejeté
Amendement du GEST proposant de modifier l'intitulé du projet de loi en s'appuyant sur une recommandation du Conseil d'État, afin de retirer le terme « sécurisation » jugé trompeur ; rejeté.
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Amendement n° 22 · Article unique · GEST · Rejeté
Amendement de repli du GEST visant à tripler l'indemnité des salariés travaillant le 1er mai dans ces secteurs ; rejeté.
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Amendement n° 11 · Article unique · GEST · Rejeté
Amendement du GEST interdisant le travail de nuit pour les salariés occupés le 1er mai dans le cadre de cette dérogation ; rejeté.
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Amendement n° 4 · Article unique · GEST · Rejeté
Amendement du GEST demandant la suppression pure et simple de l'article unique du projet de loi ; rejeté.
Les amendements en chiffres
68 amendements déposés sur ce texte : 64 rejetés, 2 retirés, 2 irrecevables.
| Groupe | Déposés | Adoptés |
|---|---|---|
| GEST | 34 | 0 |
| CRCE-K | 24 | 0 |
| SER | 8 | 0 |
| Autre | 2 | 0 |
Tous les votes sur ce texte
- SénatLe Sénat rejette l'exception d'irrecevabilité sur le projet de loi de sécurisation du travail le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes grâce au dialogue social de branche
Rejeté · 98 pour, 247 contre, 0 abstentions
- Sénat Première lectureLe Sénat rejette la question préalable sur le projet de loi de sécurisation du travail le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes grâce au dialogue social de branche
Rejeté · 98 pour, 244 contre, 0 abstentions
- Sénat Première lectureLe Sénat rejette la motion de renvoi en commission sur le projet de loi de sécurisation du travail le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes grâce au dialogue social de branche
Rejeté · 98 pour, 244 contre, 0 abstentions
- Sénat Première lectureLe Sénat adopte le projet de loi de sécurisation du travail le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes grâce au dialogue social de branche
Adopté · 229 pour, 110 contre, 3 abstentions
Questions fréquentes
Que contient le projet de loi sur le travail le 1er mai des boulangers-pâtissiers et fleuristes ?
Le texte modifie l'article L. 3133-6 du code du travail pour permettre aux boulangers-pâtissiers et fleuristes artisanaux d'employer des salariés volontaires le 1er mai, à condition qu'un accord de branche le prévoie et fixe les modalités de recueil de l'accord écrit du salarié.
Le 1er mai reste-t-il un jour férié obligatoirement chômé ?
Oui, le principe général du 1er mai comme seul jour férié obligatoirement chômé et payé n'est pas remis en cause par le texte, selon l'exposé des motifs. Seule une dérogation limitée aux deux secteurs concernés et conditionnée à un accord de branche est créée.
Quand le Sénat a-t-il voté le projet de loi ?
Le Sénat a adopté le texte le 16 juin 2026, par 229 voix pour et 110 contre, avec 3 abstentions, après avoir rejeté une motion d'irrecevabilité, une motion de renvoi en commission et une question préalable.
Qui a voté contre le texte au Sénat ?
Les groupes SER, CRCE-K et GEST ont majoritairement voté contre le projet de loi, tandis que LR, UC, LIRT et RDPI ont voté pour ; le groupe RDSE était partagé entre pour, contre et abstentions.
Des amendements ont-ils modifié le texte au Sénat ?
Non, aucun des 68 amendements déposés n'a été adopté : 64 ont été rejetés, 2 retirés et 2 déclarés irrecevables. Le texte transmis à l'Assemblée nationale correspond donc à la version initiale du projet de loi.
Où en est le texte aujourd'hui ?
Après son adoption par le Sénat, le projet de loi est entré en première lecture à l'Assemblée nationale le 17 juin 2026. La procédure accélérée s'applique, ce qui limite l'examen à une lecture par chambre avant une éventuelle commission mixte paritaire.