Projet de loi · fiche du texte
Projet de loi relatif à la protection des enfants : contenu, débats et état d'avancement
Déposé le 27 mai 2026 avec procédure accélérée, ce projet de loi réforme la mesure de placement, le statut des assistants familiaux, les contrôles d'antécédents judiciaires et crée une ordonnance de sûreté de l'enfant. Adopté par l'Assemblée nationale le 21 juillet 2026, il est désormais transmis au Sénat.
Ce que contient le texte
Selon l'exposé des motifs, le projet de loi s'inscrit dans une stratégie de refondation de la protection de l'enfance, confrontée à une crise structurelle malgré les près de 12 milliards d'euros consacrés chaque année par les départements à cette politique. Il est structuré en quatre titres.
L'article 1er rénove la mesure de placement judiciaire en rappelant son caractère provisoire et en instaurant, dès le premier placement, un délai à l'issue duquel le projet de vie de l'enfant doit être réévalué. Il permet aussi un placement de plus longue durée, voire jusqu'à la majorité pour les enfants d'au moins treize ans, lorsque les parents présentent des difficultés éducatives graves et chroniques.
L'article 2 adapte la procédure de délaissement parental pour la rendre plus rapide, en abaissant à six mois le délai de constat pour les enfants de moins de trois ans, et crée un accueil de suppléance parentale auprès de familles agréées en vue d'adoption. Il encourage également l'adoption simple pour certains enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance.
L'article 3 vise à favoriser l'accueil chez les tiers dignes de confiance, en rendant obligatoire leur recherche dans les trois mois suivant un placement d'urgence, et généralise l'indemnisation de l'accueil durable et bénévole.
L'article 4 réforme le cadre des assistants familiaux : transfert de l'agrément du service de PMI au président du conseil départemental, possibilité d'agréments conditionnels ou restreints selon le logement, création d'un agrément spécifique pour l'accueil relais et régime de rémunération adapté à ce type d'accueil.
L'article 5 étend le contrôle des antécédents judiciaires des personnes accueillant des enfants ainsi que des membres de leur foyer, et le généralise aux professionnels et bénévoles des établissements scolaires, des accueils périscolaires et des établissements de santé.
L'article 6 crée l'ordonnance de sûreté de l'enfant, qui remplace l'ordonnance de placement provisoire, pour permettre au juge des enfants ou au procureur d'ordonner en urgence le placement d'un mineur en danger, y compris en écartant un parent dangereux du domicile.
L'article 7 encadre les lieux de vie et d'accueil et les intègre aux schémas territoriaux de protection de l'enfance, tout en posant les bases d'une interopérabilité des systèmes d'information grâce à des référentiels opposables aux éditeurs de logiciels.
Les articles 8 et 9 assouplissent les conditions de recueil de l'accord parental pour un accompagnement éducatif administratif et autorisent le service gardien à accomplir certains actes de santé en cas de silence ou de défaillance des parents.
Les objectifs affichés par les auteurs du texte
Selon l'exposé des motifs, le texte repose sur quatre principes directeurs : la primauté de la famille et de l'entourage proche dans la protection de l'enfant, la sécurité et la stabilité du parcours de l'enfant, le droit pour l'enfant confié de vivre comme les autres enfants sans être entravé par la complexité administrative, et une protection de l'enfance cohérente sur l'ensemble du territoire.
Les auteurs font valoir que « le placement ne peut constituer un projet de vie en soi » et qu'il est indispensable, lorsqu'un retour durable auprès des parents n'est pas envisageable, de concevoir dans des délais raisonnables un projet de vie stable pour l'enfant, privilégiant un cadre familial chaque fois que possible.
Ils affirment également vouloir renforcer les exigences de sécurité au sein des lieux et des familles d'accueil, et étendre cette exigence à l'ensemble des enfants, dans tous les environnements qu'ils fréquentent, pas seulement ceux confiés à l'aide sociale à l'enfance.
Des débats vifs en séance
Le vote final du 21 juillet 2026 a été précédé d'une seconde délibération demandée par le gouvernement pour rétablir l'article 11, supprimé la semaine précédente, qui autorise à requérir la perpétuité contre les auteurs de viols en série sur des enfants de moins de 15 ans. La ministre déléguée Aurore Bergé a défendu cette démarche en affirmant : « Nous devons démontrer collectivement que la protection de nos enfants n'est pas affaire de politique, ni l'enjeu de victoires ou de défaites ».
La rapporteure Marianne Maximi (LFI-NFP) s'y est opposée, jugeant que « la perpétuité est clairement un écran de fumée » et relayant la position de la Ciivise, qui mettrait en garde, selon elle, contre le risque de « silencier les enfants et les victimes ». Mathilde Panot (LFI-NFP) a dénoncé des accusations selon lesquelles s'opposer à la perpétuité reviendrait à protéger les pédocriminels.
À l'inverse, Christophe Mongardien (EPR) a estimé que « seule une peine de réclusion criminelle à perpétuité peut, d'une part, avoir un effet dissuasif et, d'autre part, prévenir toute récidive ». Sophie Blanc (RN) a annoncé le vote de son groupe pour le rétablissement, tandis que Yannick Monnet (GDR) a dénoncé une méthode « très populiste ».
Plusieurs orateurs ont par ailleurs critiqué l'absence de moyens financiers supplémentaires. Ayda Hadizadeh (SOC) a affirmé que le texte ne comportait « pas un centime de plus » pour les enfants placés, et Arnaud Bonnet (ECOS) a jugé que l'aide sociale à l'enfance restait « la grande oubliée du projet de loi ».
Des amendements qui ont fait évoluer le texte
En séance, de nombreux amendements ont modifié le texte initial, souvent sur des points techniques touchant au statut des assistants familiaux, à la procédure pénale ou aux droits des victimes. Le groupe LFI-NFP a obtenu la suppression de plusieurs dispositions jugées porteuses de risques pour les enfants, tandis que des groupes de la majorité ont renforcé certains dispositifs de contrôle.
Des amendements transpartisans ont également été adoptés, notamment sur la consultation familiale proposée par le juge des enfants, portée à la fois par le groupe Socialistes et par le groupe Droite Républicaine dans des termes similaires.
Où en est le texte
Le projet de loi a été déposé le 27 mai 2026 avec engagement de la procédure accélérée. Après son examen en première lecture à l'Assemblée nationale, achevé le 21 juillet 2026 par un vote favorable à 378 voix contre 7 et 173 abstentions, le texte a été transmis au Sénat, où sa première lecture a débuté le 22 juillet 2026.
Le dossier se trouve actuellement au stade de la première lecture en commission au Sénat, l'examen se poursuivant donc dans la seconde chambre avant une éventuelle nouvelle lecture ou une commission mixte paritaire si les deux chambres ne parviennent pas à un texte identique.
Les amendements à retenir
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Amendement n° 187 · ART. 4 · SOC · Adopté
Amendement du groupe Socialistes et apparentés étendant les infractions faisant obstacle à l'agrément d'assistant familial aux discriminations et provocations à la haine commises pour des motifs protégés ; adopté en séance.
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Amendement n° 673 · ART. 2 · LFI-NFP · Adopté
Amendement du groupe LFI-NFP visant à supprimer l'article 2 relatif à l'abaissement du délai de constat du délaissement parental et à la création de la suppléance parentale, jugé porteur de risques d'instabilité pour les enfants ; adopté.
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Amendement n° 638 (Rect) · ART. 4 · EPR · Adopté
Amendement du groupe EPR supprimant le plafond d'âge de 70 ans pour l'exercice de la profession d'assistant familial, afin de limiter les ruptures de parcours des enfants accueillis ; adopté.
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Amendement n° 362 · APRÈS ART. 11 · ECOS · Adopté
Amendement du groupe Écologiste et Social rendant imprescriptibles les crimes commis sur les mineurs, reprenant une rédaction de compromis issue d'une proposition de loi transpartisane ; adopté.
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Amendement n° 745 · ART. 13 · EPR · Adopté
Amendement du groupe EPR précisant que les entretiens de contrôle administratif avec les mineurs accueillis en collectivité peuvent être menés hors la présence du personnel de la structure ; adopté.
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Amendement n° 936 · ART. 11 · DEM · Adopté
Amendement du groupe Démocrate ramenant de la réclusion criminelle à perpétuité à trente ans de réclusion criminelle la peine encourue pour certains viols sur mineur de quinze ans ; adopté.
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Amendement n° 701 · ART. 10 · ECOS · Adopté
Amendement du groupe Écologiste et Social imposant que les avis de classement sans suite soient rédigés en termes accessibles et exposent de manière détaillée les éléments de fait et de droit fondant la décision ; adopté.
Les amendements en chiffres
2 459 amendements déposés sur ce texte : 847 irrecevables, 511 tombés, 451 adoptés, 342 rejetés, 230 retirés, 77 non soutenus, 1 autres.
| Groupe | Déposés | Adoptés |
|---|---|---|
| DR | 500 | 30 |
| SOC | 336 | 56 |
| EPR | 266 | 41 |
| RN | 260 | 2 |
| HOR | 246 | 134 |
| ECOS | 224 | 44 |
| LFI-NFP | 220 | 60 |
| DEM | 153 | 40 |
| GDR | 114 | 16 |
| LIOT | 80 | 15 |
| Gouvernement | 49 | 13 |
| UDR | 9 | 0 |
| NI | 1 | 0 |
| LR | 1 | 0 |
Tous les votes sur ce texte
- Assemblée nationale Première lectureProtection des enfants : l'Assemblée adopte le projet de loi après avoir rétabli en seconde délibération la perpétuité pour les viols sériels sur mineurs
Adopté · 378 pour, 7 contre, 173 abstentions
Questions fréquentes
Que contient le projet de loi relatif à la protection des enfants ?
Le texte réforme la mesure de placement judiciaire, accélère la procédure de délaissement parental, réforme l'agrément des assistants familiaux, étend les contrôles d'antécédents judiciaires à l'école et dans les établissements de santé, et crée une ordonnance de sûreté de l'enfant permettant d'écarter en urgence un parent dangereux.
Quand le projet de loi a-t-il été adopté à l'Assemblée nationale ?
L'Assemblée nationale a adopté le texte en première lecture le 21 juillet 2026, par 378 voix contre 7 et 173 abstentions, après une seconde délibération ayant rétabli l'article 11 sur la perpétuité pour les viols sériels sur mineurs.
Qui a voté contre le projet de loi ?
Seules 7 voix se sont exprimées contre le texte, au sein du groupe GDR, qui était partagé entre 5 voix pour, 7 contre et 5 abstentions. Les groupes LFI-NFP, SOC et ECOS se sont majoritairement abstenus.
Le projet de loi rétablit-il la perpétuité pour les viols sur mineurs ?
Oui, l'article 11, supprimé en première lecture puis rétabli lors d'une seconde délibération demandée par le gouvernement, autorise la cour d'assises à prononcer la réclusion criminelle à perpétuité pour des faits de viol en série sur un mineur de quinze ans.
Où en est le projet de loi actuellement ?
Après son adoption par l'Assemblée nationale le 21 juillet 2026, le texte a été transmis au Sénat, qui a débuté sa première lecture le 22 juillet 2026. Le dossier est actuellement au stade de la première lecture en commission.
Le Conseil constitutionnel a-t-il été saisi du texte ?
Les données disponibles ne mentionnent aucune saisine du Conseil constitutionnel à ce stade de la procédure.
Veille opérée sur ce texte
Les amendements déposés sur ce texte, suivis par dossier et mis à jour chaque jour :
- Protection des enfants (2 534)