Projet de loi · fiche du texte
Projet de loi relatif à la protection des enfants : ce que contient le texte adopté en première lecture à l'Assemblée
Ce projet de loi réforme la protection de l'enfance : placements, statut des enfants confiés, assistants familiaux, contrôle des antécédents judiciaires et ordonnance de sûreté de l'enfant. Adopté par l'Assemblée nationale le 21 juillet 2026, il a été transmis au Sénat le 22 juillet.
Ce que change le texte, article par article
Selon l'exposé des motifs, le projet de loi s'inscrit dans une stratégie de refondation de la protection de l'enfance reposant sur quatre principes : la primauté de la famille et de l'entourage proche, la sécurité et la stabilité du parcours de l'enfant, le droit de l'enfant confié à vivre comme les autres sans être entravé par la complexité administrative, et une protection cohérente sur tout le territoire.
L'article 1er rénove la mesure de placement judiciaire en rappelant son caractère provisoire, tout en instaurant un délai de réévaluation dès le premier placement et la possibilité d'un placement prolongé, voire jusqu'à la majorité pour les enfants d'au moins treize ans, lorsque les parents présentent des difficultés éducatives graves et chroniques.
L'article 2 adapte la procédure de délaissement parental pour la rendre plus rapide, notamment pour les enfants de moins de trois ans, et crée un dispositif d'accueil de suppléance parentale confiant l'enfant à une famille agréée pour l'adoption sous contrôle du juge des enfants. Il encourage également l'adoption simple pour certains enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance.
L'article 3 rend obligatoire, dans les trois mois suivant un placement en urgence, la recherche et l'évaluation de tiers dignes de confiance, et généralise l'indemnisation de l'accueil durable et bénévole.
L'article 4 transfère la délivrance des agréments d'assistant familial de la protection maternelle et infantile vers les présidents de conseil départemental, autorise des agréments conditionnels ou restreints, et crée un agrément spécifique pour l'accueil relais avec une rémunération adaptée.
L'article 5 étend le contrôle des antécédents judiciaires : il couvre désormais les tiers dignes de confiance, les personnes vivant au domicile des candidats à l'adoption, les professionnels et bénévoles intervenant dans les établissements scolaires et périscolaires, ainsi que les professionnels de santé.
L'article 6 crée l'ordonnance de sûreté de l'enfant, qui remplace l'ordonnance de placement provisoire, permettant au juge des enfants ou au procureur de confier l'enfant à un parent, de fixer en urgence les droits de visite de l'autre parent et de prononcer des interdictions de contact.
L'article 7 encadre les lieux de vie et d'accueil, qui passent d'un régime de déclaration à un régime d'autorisation, et rend opposables aux éditeurs de logiciels des référentiels d'interopérabilité des systèmes d'information en protection de l'enfance.
L'article 8 assouplit les conditions de recueil de l'accord parental pour l'accompagnement éducatif administratif et permet au juge de confier l'exécution des mesures d'assistance éducative en milieu ouvert au service de l'aide sociale à l'enfance.
L'article 9 autorise le service gardien à accomplir certains actes nécessaires à la santé de l'enfant confié en cas de silence ou de négligence des parents, par modification du code de la santé publique.
L'article 10 porte sur l'application du texte outre-mer.
Les débats en séance : des lignes de tension entre groupes
Le groupe LFI-NFP a déposé un nombre élevé d'amendements en séance, notamment pour supprimer des dispositions jugées risquées, comme un motif autonome de placement fondé sur la seule préservation des liens de fratrie, ou pour rappeler que « la lutte contre les violences sexuelles commises sur les enfants doit constituer une priorité absolue » sans se limiter à un durcissement des peines.
Le groupe Socialistes et apparentés a porté plusieurs amendements adoptés, dont la suppression de l'article 2 dans sa version initiale, un amendement encadrant le report d'audition des personnes soupçonnées de crime sur mineur par « une décision motivée », et des ajustements sur l'agrément des assistants familiaux.
Le groupe Ensemble pour la République a fait adopter plusieurs amendements sur le contrôle des accueils collectifs de mineurs, en prévoyant que les entretiens avec les enfants puissent se tenir hors la présence du personnel de la structure et que la date du dernier contrôle soit rendue publique.
Le groupe Rassemblement national a obtenu la suppression, à l'article 10, de l'obligation de faire figurer l'enquête sur la personnalité de la personne mise en cause parmi les actes d'investigation à accomplir dans les meilleurs délais, un amendement jugé par ses auteurs plus cohérent avec les délais de procédure.
Le groupe Écologiste et social a notamment fait adopter un amendement limitant à une seule autorisation par personne la détention de lieux de vie et d'accueil, ainsi que des amendements sur l'information de l'avocat du plaignant et l'encadrement des données personnelles lors des contrôles.
Amendements adoptés : chiffres par groupe
Sur 2458 amendements déposés, 456 ont été adoptés, 335 rejetés, 876 déclarés irrecevables, 225 retirés, 70 non soutenus et 496 sont tombés.
Le groupe Horizons a déposé 250 amendements et en a vu adopter 140. Le groupe Socialistes et apparentés a déposé 351 amendements dont 58 adoptés, et le groupe Ensemble pour la République 275 amendements dont 44 adoptés.
Le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire a déposé 208 amendements et en a fait adopter 52. Le groupe Droite Républicaine a déposé le plus grand nombre d'amendements, 490, pour 31 adoptés. Le groupe Rassemblement national a déposé 257 amendements pour seulement 2 adoptés.
Où en est le texte
Le projet de loi, déposé le 27 mai 2026 et examiné selon la procédure accélérée, a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 21 juillet 2026, par 378 voix pour, 7 contre et 173 abstentions.
Selon les positions par groupe, ont voté pour notamment le Rassemblement national (119), Ensemble pour la République (86), Droite Républicaine (48), Démocrates (33) et Horizons (35). Les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés se sont très majoritairement abstenus, tandis que le groupe GDR s'est partagé, avec 5 voix pour, 7 contre et 5 abstentions.
Le texte a été transmis au Sénat le 22 juillet 2026 pour une première lecture, dont l'issue n'est pas encore connue à ce stade de la navette parlementaire.
Les amendements à retenir
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Amendement n° 181 · ART. 2 · SOC · Adopté
Porté par le groupe Socialistes et apparentés, cet amendement supprimait l'article 2 dans sa rédaction initiale, jugé porteur de risques de dérives faute de moyens supplémentaires ; il a été adopté en séance.
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Amendement n° 406 · ART. 10 · SOC · Adopté
Cet amendement socialiste impose que le report de l'audition de la personne soupçonnée de crime sur mineur soit justifié par « une décision motivée » ; il a été adopté.
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Amendement n° 694 · ART. 10 · RN · Adopté
Porté par le Rassemblement national, cet amendement supprime l'obligation de faire figurer l'enquête sur la personnalité de la personne mise en cause parmi les actes d'investigation à accomplir dans les meilleurs délais ; il a été adopté.
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Amendement n° 738 · ART. 11 · EPR · Adopté
Le groupe Ensemble pour la République a fait adopter la suppression de la disposition portant la période de sûreté à trente ans en cas de viol suivi de mort, au profit d'une disposition plus large prévue ailleurs dans le texte.
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Amendement n° 745 · ART. 13 · EPR · Adopté
Cet amendement Ensemble pour la République prévoit que les entretiens menés lors des contrôles administratifs des accueils collectifs de mineurs puissent se tenir hors la présence du personnel de la structure ; adopté.
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Amendement n° 638 (Rect) · ART. 4 · EPR · Adopté
Porté par Ensemble pour la République, cet amendement supprime le plafond d'âge de 70 ans pour l'exercice des assistants familiaux, sous condition d'examen annuel des aptitudes ; il a été adopté.
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Amendement n° 728 · ART. 4 · LFI-NFP · Adopté
Le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire a fait adopter la réduction de cinq à trois ans de la périodicité du contrôle des assistants familiaux, citant un chiffre de la Drees selon lequel 68 % d'entre eux n'auraient jamais été contrôlés.
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Amendement n° 317 · ART. 7 · ECOS · Adopté
Le groupe Écologiste et social a fait adopter la limitation à une seule autorisation de lieu de vie et d'accueil par personne physique ou morale, afin d'éviter la constitution de logiques de profit dans ce secteur.
Les amendements en chiffres
2 458 amendements déposés sur ce texte : 876 irrecevables, 496 tombés, 456 adoptés, 335 rejetés, 225 retirés, 70 non soutenus.
| Groupe | Déposés | Adoptés |
|---|---|---|
| DR | 490 | 31 |
| SOC | 351 | 58 |
| EPR | 275 | 44 |
| RN | 257 | 2 |
| HOR | 250 | 140 |
| ECOS | 223 | 44 |
| LFI-NFP | 208 | 52 |
| DEM | 152 | 41 |
| GDR | 112 | 16 |
| LIOT | 82 | 15 |
| Gouvernement | 48 | 13 |
| UDR | 9 | 0 |
| NI | 1 | 0 |
Tous les votes sur ce texte
- Assemblée nationale Première lectureProtection des enfants : l'Assemblée adopte le projet de loi après avoir rétabli en seconde délibération la perpétuité pour les viols sériels sur mineurs
Adopté · 378 pour, 7 contre, 173 abstentions
Questions fréquentes
Que contient le projet de loi relatif à la protection des enfants ?
Le texte réforme la mesure de placement judiciaire, accélère la procédure de délaissement parental, réforme le statut des assistants familiaux, étend le contrôle des antécédents judiciaires des professionnels au contact d'enfants et crée une ordonnance de sûreté de l'enfant remplaçant l'ordonnance de placement provisoire.
Quand le projet de loi a-t-il été adopté à l'Assemblée nationale ?
Il a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 21 juillet 2026, par 378 voix pour, 7 contre et 173 abstentions, après un dépôt le 27 mai 2026 et un examen selon la procédure accélérée.
Qui a voté contre le projet de loi sur la protection des enfants ?
Seules 7 voix se sont exprimées contre le texte, provenant du groupe GDR, qui s'est partagé entre 5 voix pour, 7 contre et 5 abstentions. Les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés se sont quant à eux très majoritairement abstenus.
Le texte a-t-il été examiné par le Sénat ?
Le projet de loi a été transmis au Sénat pour une première lecture le 22 juillet 2026, au lendemain de son adoption par l'Assemblée nationale. L'issue de cette lecture n'est pas connue au stade actuel de la navette.
Qu'est-ce que l'ordonnance de sûreté de l'enfant créée par ce texte ?
L'article 6 remplace l'ordonnance de placement provisoire par une ordonnance de sûreté de l'enfant, qui permet au juge des enfants ou au procureur de confier l'enfant à l'un des parents, y compris celui qui n'a pas la résidence principale, de fixer en urgence les droits de visite de l'autre parent et de prononcer des interdictions de contact ou de paraître dans certains lieux.
Le projet de loi modifie-t-il les règles applicables aux assistants familiaux ?
Oui, l'article 4 transfère la compétence de délivrance des agréments d'assistant familial de la protection maternelle et infantile aux présidents de conseil départemental, permet des agréments conditionnels ou restreints, et crée un agrément spécifique pour l'accueil relais avec une rémunération adaptée.