Projet de loi · fiche du texte
Projet de loi relance et décentralisation du logement : mesures et étapes de la navette
Ce projet de loi vise à relancer la construction, accélérer les rénovations énergétiques et transférer aux collectivités de nouvelles compétences en matière de logement. Examiné en première lecture au Sénat jusqu'au 8 juillet 2026, il est examiné en commission à l'Assemblée nationale depuis le 11 septembre, sans que la procédure accélérée ne soit engagée.
Ce que prévoit le texte, article par article
Le titre Ier porte sur l'accélération de la construction. Selon l'exposé des motifs, l'article 1er répond à un constat : un socle de 150 quartiers présenterait encore des besoins d'intervention non couverts par les précédents programmes de rénovation urbaine. Le troisième programme national de renouvellement urbain est ainsi organisé autour de six axes, dont la sécurité, les services publics du quotidien et la transition écologique, et placé sous la responsabilité du Premier ministre.
L'article 2 instaure les opérations d'intérêt local : à l'initiative d'une collectivité et sur arrêté préfectoral, elles ouvrent droit, pendant dix ans, à des dérogations aux règles du PLU et à un avis simple, et non plus conforme, de l'architecte des Bâtiments de France dans les périmètres protégés. Les logements créés doivent être affectés à la résidence principale.
L'article 3 habilite le Gouvernement à simplifier par ordonnance, dans un délai de douze mois, les procédures de mise en compatibilité des documents d'urbanisme et de planification pour les projets d'intérêt général.
L'article 4 modifie le dispositif « Relance logement » : le seuil de travaux pour les logements anciens passe de 30 % à 20 % du prix d'acquisition, contre l'atteinte d'un niveau de performance énergétique au moins égal à la classe D, et sous condition d'absence de chaudière à combustibles fossiles. Le dispositif est étendu aux locaux transformés en logements.
L'article 5 renforce les compétences de l'établissement public Paris La Défense et crée, à titre expérimental pour cinq ans, un certificat de projet cristallisant les procédures applicables pendant 18 mois.
Le titre II porte sur les rénovations. L'article 6 précise les conditions dans lesquelles un logement reste réputé décent malgré l'absence de travaux de rénovation énergétique, notamment en cas de refus de l'assemblée générale de copropriétaires ou de contrat de travaux signé. L'article 7 permet, pour les logements sociaux de plus de quarante ans ayant fini d'amortir leurs prêts, une augmentation des loyers maximaux après travaux de rénovation énergétique, applicable uniquement à la relocation.
Le titre III organise la décentralisation. L'article 8 fait des métropoles et communautés urbaines des autorités organisatrices de l'habitat de plein droit, avec transfert de la gestion des aides à la pierre ; les communautés d'agglomération, communautés de communes et départements peuvent demander cette délégation. L'article 9 élargit les possibilités de délégation du contingent préfectoral et du droit au logement opposable aux EPCI compétents en matière de logement, et ouvre une expérimentation similaire aux communes volontaires. L'article 10 introduit un droit de veto du maire sur un candidat à l'attribution d'un logement social en cas de trouble à l'ordre public déjà constaté, sauf dans les communes carencées SRU sans contrat de mixité sociale respecté.
Les objectifs affichés par le Gouvernement
Selon l'exposé des motifs, le texte répond à une « crise du logement » en articulant accélération de l'offre nouvelle, simplification des procédures et décentralisation des compétences vers les collectivités jugées les mieux placées pour piloter les politiques locales de l'habitat.
Sur le volet fiscal, les auteurs font valoir que l'assouplissement du dispositif « Relance logement » vise à « encourager la rénovation de logements du parc privé pour proposer davantage de logements abordables sur le marché locatif ».
Sur le volet rénovation énergétique, le texte entend « apporter des aménagements aux dispositions en vigueur afin de permettre la résolution des difficultés rencontrées par les bailleurs dans la réalisation des travaux », tout en renforçant la sécurité juridique de la relation locative.
Sur la décentralisation, l'exposé des motifs indique vouloir « affirmer le rôle de chef de file des politiques de l'habitat des métropoles et des communautés urbaines » en leur transférant automatiquement le statut d'autorité organisatrice de l'habitat.
Les débats au Sénat et en commission à l'Assemblée
Le 7 juillet 2026, le Sénat a rejeté une motion de renvoi en commission déposée par le groupe CRCE-K, par 243 voix contre 99. Le groupe SER a voté majoritairement pour cette motion, tandis que LR, UC, LIRT, RDPI et RDSE ont voté majoritairement contre ; le groupe GEST a voté pour aux côtés de CRCE-K.
En commission au Sénat, le groupe LR a porté plusieurs amendements assouplissant l'article 4 : l'ouverture du dispositif « Relance logement » à la location à des ascendants ou descendants (sauf membres du foyer fiscal), et la substitution du critère de performance énergétique à celui de quotité de travaux. Ces amendements ont été adoptés en commission.
À l'inverse, des amendements du groupe UC visant à supprimer la substitution de l'avis simple à l'avis conforme des architectes des Bâtiments de France, ou à rétablir la version initiale de l'opération d'intérêt local telle que présentée par le Gouvernement, ont été rejetés en commission.
À l'Assemblée nationale, en commission, le groupe LFI-NFP a fait adopter plusieurs amendements, dont un recentrant le troisième programme de renouvellement urbain sur la réhabilitation plutôt que la démolition-reconstruction, un renforçant l'accessibilité universelle des logements neufs et rénovés, et un revenant sur l'ouverture sénatoriale du dispositif « Jeanbrun » à la location familiale.
Le groupe Écologiste et Social (ECOS) a également obtenu la suppression de l'extension du dispositif « Relance logement » aux SCPI et le maintien de l'exclusion des locations au cercle familial proche, tandis que le groupe GDR a fait adopter la suppression de l'habilitation à légiférer par ordonnance prévue à l'article 3.
Amendements marquants et rapports de force
Sur 1 311 amendements déposés au total, 146 ont été adoptés, 352 rejetés, 427 déclarés irrecevables et 206 sont tombés. Le groupe EPR est celui qui a fait adopter le plus d'amendements (37 sur 107 déposés), suivi de l'UC (21 sur 98) et de LR (20 sur 104).
Le groupe RN, avec 134 amendements déposés, n'en a fait adopter aucun, de même que les groupes CRCE-K (44 déposés) et LIRT (13 déposés).
Le groupe SER a obtenu l'adoption de 10 amendements en commission au Sénat, portant notamment sur le renforcement des obligations de justification des travaux avant mise en location d'une passoire thermique, et sur l'extension des dispositifs de simplification du relogement aux opérations en Outre-mer.
Où en est le texte
Le projet de loi a été déposé le 25 juin 2026 ; sa première lecture au Sénat s'est achevée le 8 juillet 2026. Il est examiné en première lecture par l'Assemblée nationale depuis le 1er juillet 2026, l'examen en commission s'étant poursuivi jusqu'au 23 septembre 2026, date de la dernière version connue du texte.
La procédure accélérée n'a pas été engagée, ce qui implique qu'après son passage en commission puis en séance à l'Assemblée, le texte devra encore faire l'objet d'une deuxième lecture dans chaque chambre avant qu'une commission mixte paritaire ne soit, le cas échéant, réunie en cas de désaccord persistant entre les deux assemblées.
Les amendements à retenir
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Amendement n° 209 · Article 4 · LR · Adopté
Amendement du groupe LR au Sénat supprimant l'exclusion des locations à un parent ou allié jusqu'au deuxième degré du bénéfice du dispositif « Relance logement », adopté en commission.
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Amendement n° 210 · Article 4 · LR · Adopté
Amendement du groupe LR au Sénat substituant à la quotité de travaux de 20 % un critère unique de performance énergétique (classe D minimum) pour l'accès au dispositif « Relance logement », adopté en commission.
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Amendement n° 164 · Article 2 · UC · Rejeté
Amendement du groupe UC visant à supprimer la substitution de l'avis simple à l'avis conforme des architectes des Bâtiments de France dans les périmètres de développement du logement, rejeté en commission au Sénat.
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Amendement n° 57 · CRCE-K · Rejeté
Motion de renvoi en commission déposée par le groupe CRCE-K en raison des délais jugés trop contraints d'examen du texte, rejetée par le Sénat le 7 juillet 2026 par 243 voix contre 99.
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Amendement n° CF1 · ART. PREMIER · LFI-NFP · Adopté
Amendement du groupe LFI-NFP recentrant le troisième programme de renouvellement urbain sur la réhabilitation et la construction de logements sociaux plutôt que la démolition-reconstruction, adopté en commission à l'Assemblée.
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Amendement n° CE566 · ART. 4 · LFI-NFP · Adopté
Amendement du groupe LFI-NFP supprimant la possibilité, introduite par le Sénat, de louer à un ascendant ou descendant un logement éligible au dispositif « Jeanbrun », adopté en commission à l'Assemblée.
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Amendement n° CE284 · ART. 4 · ECOS · Adopté
Amendement du groupe Écologiste et Social supprimant l'extension du dispositif « Relance logement » aux sociétés civiles de placement immobilier, adopté en commission à l'Assemblée.
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Amendement n° CE348 · ART. 3 · GDR · Adopté
Amendement du groupe GDR supprimant l'habilitation du Gouvernement à légiférer par ordonnance sur les procédures de mise en compatibilité des documents d'urbanisme (article 3), adopté en commission à l'Assemblée.
Les amendements en chiffres
1 311 amendements déposés sur ce texte : 427 irrecevables, 352 rejetés, 206 tombés, 146 adoptés, 104 retirés, 64 non soutenus, 12 autres.
| Groupe | Déposés | Adoptés |
|---|---|---|
| RN | 134 | 0 |
| SER | 125 | 10 |
| LFI-NFP | 123 | 8 |
| EPR | 107 | 37 |
| LR | 104 | 20 |
| UC | 98 | 21 |
| ECOS | 83 | 4 |
| GDR | 67 | 1 |
| SOC | 63 | 6 |
| DEM | 61 | 5 |
| DR | 55 | 5 |
| LIOT | 50 | 9 |
| HOR | 47 | 8 |
| CRCE-K | 44 | 0 |
| Autre | 36 | 3 |
| RDSE | 36 | 2 |
Tous les votes sur ce texte
- Sénat Première lectureLe Sénat rejette la motion de renvoi en commission déposée par le CRCE-K sur le projet de loi logement
Rejeté · 99 pour, 243 contre, 0 abstentions
Questions fréquentes
Que contient le projet de loi sur la relance et la décentralisation du logement ?
Il lance un troisième programme national de renouvellement urbain, crée des opérations d'intérêt local dérogatoires au droit de l'urbanisme, assouplit le dispositif fiscal « Relance logement », clarifie les obligations de rénovation énergétique des logements loués et transfère aux métropoles et communautés urbaines le statut d'autorité organisatrice de l'habitat.
Où en est le texte actuellement ?
La première lecture du projet de loi au Sénat s'est achevée le 8 juillet 2026. Il est actuellement examiné en commission à l'Assemblée nationale, la dernière version connue du texte datant du 23 septembre 2026.
Qui a voté contre la motion de renvoi en commission au Sénat ?
Les groupes LR, UC, LIRT, RDPI et RDSE ont voté majoritairement contre la motion de renvoi en commission déposée par le groupe CRCE-K, qui a été rejetée le 7 juillet 2026 par 243 voix contre 99. Les groupes SER et GEST ont voté majoritairement pour cette motion.
Le texte a-t-il été adopté selon la procédure accélérée ?
Non, la procédure accélérée n'a pas été engagée sur ce projet de loi, ce qui implique en principe deux lectures dans chaque chambre avant une éventuelle commission mixte paritaire.
Qu'est-ce qu'une opération d'intérêt local prévue par l'article 2 ?
C'est un dispositif permettant, dans un périmètre arrêté par le préfet à la demande d'une collectivité, de déroger aux règles du plan local d'urbanisme et de substituer un avis simple à l'avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France, afin d'accélérer la construction de logements pendant dix ans.
Comment le texte modifie-t-il le dispositif fiscal « Relance logement » ?
L'article 4 abaisse de 30 % à 20 % du prix d'acquisition le seuil de travaux requis pour les logements anciens, exige à la place l'atteinte d'un niveau de performance énergétique au moins équivalent à la classe D, et conditionne dans tous les cas le bénéfice de l'avantage fiscal à l'absence de chaudière à combustibles fossiles.