L'Assemblée nationale · Scrutin n° 7979
L'Assemblée nationale rejette la motion de censure déposée par les écologistes après la canicule
Déposée par le groupe Écologiste et social après une canicule ayant fait, selon plusieurs orateurs, plus de 2 000 morts, la motion de censure contre le gouvernement Lecornu n'a recueilli que 132 voix, loin des 289 nécessaires. Seuls LFI-NFP, ECOS, une partie du SOC, du GDR et du LIOT l'ont votée.
- Pour
- 132
- Majorité requise
- 289
Une motion déposée après une canicule marquée par de nombreux décès
La motion de censure a été déposée le 2 juillet 2026 par Cyrielle Châtelain, Nadège Abomangoli et 56 autres députés, en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution. Elle intervenait après un épisode caniculaire que plusieurs orateurs ont qualifié d'historique, marqué selon eux par des milliers de décès, des fermetures d'écoles, des services hospitaliers en tension et des incendies dans le sud du pays.
Défendant le texte à la tribune, Marie-Charlotte Garin, pour le groupe ECOS, a affirmé que « notre pays compte déjà plus de 2 000 morts à cause de votre inaction » et a mis en cause les choix budgétaires du gouvernement, citant notamment la baisse du fonds vert et le ralentissement de MaPrimeRénov'. Elle a affirmé que « le réchauffement climatique tue d'abord les pauvres » et réclamé un budget rectificatif, un droit de retrait face à la chaleur et un décret canicule fixant une température maximale de travail.
Pour La France insoumise, Anne Stambach-Terrenoir a dressé un réquisitoire dans lequel elle a affirmé que le gouvernement se rendait coupable d'une politique qu'elle a qualifiée de « climaticide », citant la baisse des crédits écologiques, la loi Duplomb et le soutien apporté selon elle à Total. Soumya Bourouaha, pour le GDR, a également dénoncé un fonds vert « passé de 2,4 milliards d'euros en 2024 à 837 millions dans le budget 2026 » et plaidé pour un « service public de la rénovation énergétique ».
Le gouvernement revendique un bilan d'investissement
Répondant aux orateurs, le premier ministre Sébastien Lecornu a d'abord affirmé « je ne suis dupe ni de la gravité de la canicule que notre pays vient de traverser », précisant que son bilan sanitaire définitif serait « établi avec méthode et rendu public en toute transparence ». Il a jugé qu'accuser le gouvernement d'avoir « des morts sur la conscience » avant tout bilan établi n'était « pas une alerte » mais « une faute ».
Il a détaillé les moyens engagés depuis le Ségur de la santé (21 milliards d'euros pour moderniser les hôpitaux, 12 milliards d'euros annuels pour les soignants), ainsi que le déploiement de 30 000 climatiseurs mobiles et le doublement à 600 millions d'euros des crédits de rénovation énergétique hospitalière prévus jusqu'en 2035. Il a également cité la baisse des passoires thermiques et la hausse des ventes de véhicules électriques comme preuves d'une action engagée, tout en reconnaissant que « la climatisation n'est pas encore généralisée » dans le parc hospitalier.
Sur le fonds vert, particulièrement critiqué par les oppositions de gauche, M. Lecornu a rappelé qu'il avait été « créé en 2022 par le gouvernement d'Élisabeth Borne » et jugé « curieux » de le présenter comme la preuve d'une inaction, tout en admettant la nécessité de le recentrer vers les collectivités les plus vulnérables. Il a enfin estimé que la motion visait moins à obtenir un débat sur la canicule qu'à « éprouver les rapports de force à gauche » avant l'élection présidentielle.
Des positions contrastées selon les groupes
Le groupe Les Démocrates, par la voix de son président Marc Fesneau, a dénoncé une motion qu'il a jugée destinée à donner des « gages » aux Insoumis, tout en défendant le bilan gouvernemental en matière de rénovation hospitalière, de rail et d'agriculture. Le groupe Horizons & Indépendants, représenté par Laurent Marcangeli, a estimé que la motion franchissait « une limite difficilement acceptable » en évoquant des bilans humains non établis, tout en reconnaissant la nécessité d'accélérer l'adaptation du pays au changement climatique.
Pour le groupe Ensemble pour la République, Agnès Pannier-Runacher a affirmé que « depuis 2017, la France a réduit ses émissions de CO2 quatre fois plus vite » que sous les gouvernements précédents et qualifié la motion de « stratégie de diversion ». La Droite républicaine, par la voix d'Éric Liégeon, a reproché aux écologistes leur opposition historique au nucléaire, estimant qu'« un réacteur nucléaire sera toujours plus utile au climat qu'une motion de censure ».
Le Rassemblement national, par la voix de Sébastien Chenu, a annoncé ne pas voter la motion tout en multipliant les critiques contre le gouvernement, qu'il a jugé responsable d'un bilan économique et migratoire dégradé. Le groupe UDR a de même refusé de s'associer au texte, Maxime Michelet accusant les écologistes d'avoir combattu le nucléaire et la climatisation par idéologie. À l'inverse, le groupe socialiste, par la voix de Fabrice Barusseau, a choisi de ne pas censurer le gouvernement tout en jugeant que celui-ci « n'a pas été, jusqu'à présent, à la hauteur du défi climatique », réservant son jugement à l'examen du budget 2027.
Le groupe LIOT s'est trouvé divisé : Estelle Youssouffa, pour le groupe LIOT, a annoncé voter la censure non pas sur le climat mais en raison de la situation à Mayotte, qu'elle a jugée abandonnée dix-huit mois après le cyclone Chido, tandis que la majorité de son groupe a suivi une ligne différente.
Un rejet net du scrutin
À l'issue de la discussion, le scrutin a recueilli 132 voix pour la motion de censure, sur les 289 nécessaires à son adoption. Le vote de LFI-NFP a été acquis dans son intégralité (71 voix), rejoint par 32 des 38 députés d'ECOS, 20 des 68 députés socialistes, 7 des 17 membres du GDR et 2 des 23 députés du groupe LIOT. Aucun député des groupes RN, EPR, DR, DEM, HOR ou UDR n'a voté le texte.
La motion n'ayant pas atteint la majorité requise, le gouvernement de Sébastien Lecornu n'a pas été renversé et reste en fonction.
Le vote groupe par groupe
| Groupe | Membres | Pour | Répartition |
|---|---|---|---|
| RN | 122 | 0 | |
| EPR | 91 | 0 | |
| LFI-NFP | 71 | 71 | |
| SOC | 68 | 20 | |
| DR | 48 | 0 | |
| ECOS | 38 | 32 | |
| DEM | 37 | 0 | |
| HOR | 35 | 0 | |
| LIOT | 23 | 2 | |
| UDR | 17 | 0 | |
| GDR | 17 | 7 | |
| NI | 10 | 0 |
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