Proposition de loi · fiche du texte
Égalité d'accès aux soins des Ultramarins en Hexagone : ce que prévoit la proposition de loi et où en est la navette
Cette proposition de loi vise à garantir aux ressortissants des régimes de sécurité sociale de Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon la carte vitale pour accéder aux soins lors de leurs séjours en France hexagonale. Adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 11 juin 2026, elle a été modifiée et restreinte par le Sénat, qui l'a adoptée le 19 octobre 2026 dans une version différente : la navette parlementaire se poursuit.
Ce que prévoit le texte
L'article 1er du texte, dans sa dernière version connue, complète l'article L. 161-31 du code de la sécurité sociale par quatre alinéas. Il prévoit que les personnes affiliées aux régimes obligatoires de sécurité sociale des collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 de la Constitution et de la Nouvelle-Calédonie bénéficient de la carte vitale lors de leurs séjours en France hexagonale, en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.
Le texte prévoit que ces régimes délivrent, sur demande, une carte vitale à leurs affiliés amenés à séjourner sur ces territoires, que cette carte fonctionne de manière identique à celle utilisée en France hexagonale, et que la prise en charge des dépenses imputées sur cette carte s'effectue conformément aux accords de coordination existants entre régimes.
L'article 2 prévoit une compensation de la charge pour les organismes de sécurité sociale par une majoration de l'accise sur les tabacs, et pour l'État par la création d'une taxe additionnelle à cette même accise.
Selon l'exposé des motifs, la proposition de loi ne génère aucun surcoût pour les finances publiques, les dépenses de santé restant prises en charge par les régimes d'affiliation existants ; seules les modalités pratiques de mise en œuvre de la prise en charge des soins évoluent.
Les objectifs affichés par les auteurs
Les auteurs du texte constatent que l'introduction de la carte Vitale et du compte AMELI en France hexagonale complique l'accès à la gratuité des soins pour les ressortissants ultramarins, étudiants, travailleurs ou patients en évacuation sanitaire, qui doivent souvent avancer les frais avant remboursement.
Selon l'exposé des motifs, cette difficulté concerne la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna, et ne reflète pas l'esprit des accords existants, qui prévoient des prestations « comme si les bénéficiaires étaient affiliés » au régime local du lieu de séjour. Les auteurs précisent que Saint-Barthélemy et Saint-Martin ne sont pas concernés par cette proposition de loi, étant déjà insérés dans le code de la sécurité sociale par l'article L. 111-2.
Un texte restreint en commission puis en séance au Sénat
La commission des affaires sociales du Sénat a modifié l'article 1er pour limiter le dispositif aux cas de soins programmés dont la prise en charge est préalablement autorisée par l'institution d'affiliation, en application des décrets de coordination en matière de sécurité sociale. Elle a justifié ce recentrage par les réserves opérationnelles exprimées par la Caisse nationale de l'assurance maladie et la Direction de la sécurité sociale.
La même commission a supprimé l'article 1er bis, introduit à l'Assemblée nationale, qui rappelait que la garantie de protection de la santé du onzième alinéa du préambule de la Constitution de 1946 s'applique lors des mutations entre régimes ultramarins et régimes hexagonaux, au motif que cet article était dépourvu de portée normative.
Elle a par ailleurs inséré un article 1er ter reportant l'entrée en vigueur de la loi à une date fixée par décret, au plus tard le 1er janvier 2028, pour laisser aux organismes de sécurité sociale le temps d'effectuer les ajustements techniques nécessaires.
En séance, plusieurs groupes (RDPI, GEST, SER, RDSE, CRCE-K) ont déposé des amendements visant à rétablir intégralement la rédaction de l'Assemblée nationale sur ces trois points, mais ils ont été rejetés. Le groupe UCI, porté par les sénateurs du Pacifique, a en revanche fait adopter des amendements rétablissant la rédaction initiale sur l'article 1er et l'article 1er bis, sans toutefois reprendre à l'identique le texte de l'Assemblée.
Les débats en séance au Sénat
Laurent Burgoa, rapporteur du texte, a expliqué que le dispositif « ne crée pas de prestations nouvelles et ne coûte pas davantage en droit », et a plaidé pour un retour à la rédaction de l'Assemblée nationale afin de permettre un vote conforme, estimant qu'« une nouvelle navette ne permettrait pas de s'assurer d'une adoption avant la fin de la législature ».
Plusieurs orateurs ont critiqué la réécriture opérée en commission. Akli Mellouli (GEST) a estimé que « nous risquons d'exclure les étudiants, les voyageurs et les familles, pourtant directement concernés ». Silvana Silvani (CRCE-K) a jugé que le rapporteur avait « complètement vidé de sa substance » la proposition de loi. La ministre déléguée Camille Galliard-Minier a elle-même indiqué que limiter le dispositif aux soins programmés « risque d'en restreindre significativement la portée ».
Les sénateurs ultramarins du groupe UCI ont néanmoins maintenu leurs propres amendements plutôt que de se rallier strictement à la rédaction de l'Assemblée. Lana Tetuanui (UCI) a revendiqué le travail des élus du Pacifique, déclarant « accordez-le ça à nous les sénateurs du Pacifique », tout en dénonçant ce qu'elle a qualifié de « désinvolture » du gouvernement sur le calendrier parlementaire.
Faute d'accord sur une rédaction strictement identique à celle de l'Assemblée nationale, le texte adopté par le Sénat diffère de la version transmise par les députés. Les groupes SER, CRCE-K et GEST se sont abstenus plutôt que de rejeter le texte, Patrick Kanner (SER) expliquant que son groupe ne pouvait soutenir un texte réécrit par la commission.
Où en est le texte
Après son adoption à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 11 juin 2026, le texte a été examiné par le Sénat, dont la commission des affaires sociales s'est réunie le 12 octobre 2026 puis la séance publique du 14 au 19 octobre 2026. Le Sénat a adopté sa version le 19 octobre 2026 par 248 voix pour, 0 contre et 95 abstentions.
Le texte adopté par le Sénat diffère de celui voté par l'Assemblée nationale, notamment sur le périmètre de l'article 1er, l'existence de l'article 1er bis et le report de l'entrée en vigueur prévu à l'article 1er ter. En l'absence de vote conforme, la proposition de loi doit repartir en navette parlementaire ; le rapporteur Laurent Burgoa a indiqué en séance qu'une nouvelle inscription à l'Assemblée nationale puis au Sénat était envisagée avant la fin de la législature.
Les amendements à retenir
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Amendement n° AS4 · APRÈS ART. PREMIER · GDR · Adopté
Amendement de la rapporteure Mme Reid Arbelot (GDR) créant l'article 1er bis, inscrivant dans le code de la sécurité sociale la garantie de continuité de la protection sociale lors des mutations entre régimes ultramarins et régime hexagonal ; adopté en commission à l'Assemblée nationale.
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Amendement n° COM-1 · Article 1er · LR · Adopté
Amendement du groupe LR en commission des affaires sociales du Sénat restreignant l'article 1er aux seuls soins programmés dont la prise en charge est préalablement autorisée par l'institution d'affiliation ; adopté.
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Amendement n° COM-6 · Article 1er bis (nouveau) · LR · Adopté
Amendement du groupe LR en commission du Sénat supprimant l'article 1er bis, jugé dépourvu de portée normative ; adopté.
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Amendement n° COM-7 · Article 1er bis (nouveau) · LR · Adopté
Amendement du groupe LR en commission du Sénat créant l'article 1er ter, qui reporte l'entrée en vigueur de la loi à une date fixée par décret, au plus tard le 1er janvier 2028 ; adopté.
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Amendement n° 4 · Article 1er · UCI · Adopté
Amendement du groupe UCI en séance au Sénat réintroduisant une rédaction proche de celle de l'Assemblée nationale sur l'article 1er, étendant le dispositif à tous les séjours et non aux seuls soins programmés ; adopté.
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Amendement n° 6 · Article 1er bis · UCI · Adopté
Amendement du groupe UCI en séance au Sénat rétablissant l'article 1er bis sur la garantie de continuité de la protection sociale ; adopté.
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Amendement n° 16 · Article 1er · RDPI · Rejeté
Amendement du groupe RDPI visant à rétablir intégralement la rédaction de l'Assemblée nationale sur l'article 1er ; rejeté.
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Amendement n° 4 · APRÈS ART. 1ER BIS · LIOT · Rejeté
Amendement du groupe LIOT demandant un rapport du Gouvernement sur la situation des ressortissants ultramarins évacués sanitairement en France hexagonale ; rejeté en séance à l'Assemblée nationale.
Les amendements en chiffres
35 amendements déposés sur ce texte : 16 rejetés, 15 adoptés, 2 irrecevables, 1 tombés, 1 non soutenus.
| Groupe | Déposés | Adoptés |
|---|---|---|
| LR | 9 | 8 |
| LIOT | 4 | 0 |
| GDR | 4 | 4 |
| SER | 3 | 0 |
| CRCE-K | 3 | 0 |
| GEST | 3 | 0 |
| RDSE | 3 | 0 |
| RDPI | 3 | 0 |
| UCI | 3 | 3 |
Tous les votes sur ce texte
- Sénat Première lectureLe Sénat adopte une proposition de loi restreinte sur l'accès aux soins des ultramarins du Pacifique en Hexagone, la navette se poursuit
Adopté · 248 pour, 0 contre, 95 abstentions
Questions fréquentes
Que prévoit la proposition de loi sur l'accès aux soins des Ultramarins en hexagone ?
Elle complète l'article L. 161-31 du code de la sécurité sociale pour permettre aux affiliés des régimes de sécurité sociale de Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon de bénéficier d'une carte vitale lors de leurs séjours en France hexagonale et dans certaines collectivités d'outre-mer. Selon l'exposé des motifs, le texte ne crée pas de nouvelles prestations : les dépenses restent prises en charge par les régimes d'affiliation existants.
La proposition de loi a-t-elle été adoptée ?
Elle a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 11 juin 2026, puis par le Sénat le 19 octobre 2026 par 248 voix pour et aucune voix contre. Les deux chambres ayant adopté des versions différentes, le texte n'est pas définitivement adopté et doit repartir en navette.
Pourquoi la navette se poursuit-elle après le vote du Sénat ?
Le Sénat a modifié le texte transmis par l'Assemblée nationale : la commission des affaires sociales a restreint le dispositif aux seuls soins programmés, supprimé la garantie de continuité de la protection sociale et reporté l'entrée en vigueur au plus tard au 1er janvier 2028. Des amendements du groupe UCI en séance ont rétabli en partie la rédaction de l'Assemblée, mais sans reprise à l'identique, ce qui empêche un vote conforme.
Qui s'est abstenu lors du vote au Sénat ?
Les groupes SER, CRCE-K et GEST se sont abstenus lors du vote du 19 octobre 2026 au Sénat, plutôt que de voter contre le texte. Patrick Kanner (SER) a expliqué que son groupe ne pouvait soutenir un texte réécrit par la commission, tandis qu'Akli Mellouli (GEST) a indiqué que son groupe ne voulait pas rejeter le texte.
Quelles différences existent entre la version de l'Assemblée nationale et celle du Sénat ?
La version de l'Assemblée nationale ouvrait le dispositif à tout séjour et incluait un article 1er bis garantissant la continuité de la protection sociale lors des changements de régime, sans report d'entrée en vigueur. La commission du Sénat a restreint le dispositif aux soins programmés autorisés, supprimé l'article 1er bis et ajouté un article 1er ter reportant l'application au plus tard au 1er janvier 2028 ; des amendements UCI en séance ont ensuite partiellement rétabli la version de l'Assemblée.
Quel est le coût de cette proposition de loi pour les finances publiques ?
Selon l'exposé des motifs, la proposition de loi ne génère aucun surcoût pour les finances publiques, car les dépenses de santé restent prises en charge par les régimes d'affiliation existants. L'article 2 prévoit néanmoins une compensation de la charge pour les organismes de sécurité sociale et pour l'État par une majoration de l'accise sur les tabacs.