Proposition de loi · fiche du texte
Abrogation du Code noir : ce que contient la proposition de loi et où elle en est
Cette proposition de loi abroge l'Édit royal de mars 1685, dit « Code noir », et les textes pris pour son application ou son extension à d'autres territoires. Elle prévoit aussi un rapport gouvernemental sur les dispositions issues du droit colonial. Adoptée en première lecture par le Sénat le 20 octobre 2026 après son passage à l'Assemblée nationale, elle poursuit son parcours parlementaire.
Ce que change le texte
Dans sa version initiale, l'article 1er prévoyait que « le Code noir ou Édit du Roy sur les esclaves des îles de l'Amérique de mars 1685 et l'ensemble des dispositions de toute nature qui en découlent, en constituent le prolongement ou en assurent l'application, sont abrogés ». Un amendement du rapporteur Max Mathiasin, adopté en commission, a modifié cette rédaction pour viser les dispositions « prises pour son application, son adaptation, ou permettant son extension à d'autres territoires », afin de fixer selon son auteur « un principe d'abrogation intégrale de l'ensemble des textes liés à l'application de l'esclavage au sein des colonies françaises ».
L'article 2 impose au Gouvernement de remettre au Parlement, dans un délai d'un an à compter de la promulgation, un rapport dressant la liste des dispositions issues du droit colonial depuis 1685 jusqu'à 1946, en précisant celles encore en vigueur dans les territoires d'Outre-mer à la date de l'abrogation. Ce rapport doit analyser les conséquences contemporaines de ces dispositions dans la structuration et le développement économique, social, culturel et environnemental de ces territoires.
Des amendements adoptés en commission, portés par le groupe LFI-NFP, ont élargi le champ de ce rapport : il doit aussi évaluer la place de l'histoire de l'esclavage dans les programmes scolaires, analyser l'impact sur les descendants des personnes mises en esclavage et étudier les conséquences en matière de discriminations et de racisme dans la société française.
Les objectifs affichés par les auteurs
Selon l'exposé des motifs, le Code noir n'a « jamais été abrogé, ni lors de la première abolition de l'esclavage du 4 février 1794, ni lors de la seconde du 27 avril 1848 : la pratique est tombée en désuétude mais pas les textes qui l'instituaient ». Les auteurs qualifient cette situation d'« anomalie historique », reprenant une expression attribuée au Premier ministre lors d'une séance de questions au Gouvernement du 13 mai 2025.
Les auteurs présentent l'abrogation comme « un acte de Justice pour rétablir dans leur dignité ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont été arrachés à leur terre d'Afrique, déportés dans les colonies françaises et mis en esclavage ». Ils rappellent que la loi Taubira du 21 mai 2001, qui a reconnu la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité, constituait une étape fondamentale mais que, sans l'abrogation du Code noir, « le processus historique demeure incomplet ».
Débats et positions des groupes
Le groupe GDR a porté des amendements visant à remplacer le terme « abrogés » par « annulés », estimant que l'abrogation « met fin à un acte pour l'avenir, sans remettre en cause la légitimité des effets qu'il a produits », alors que l'annulation produirait un effet rétroactif. Cet amendement a été rejeté. Le même groupe a également cherché à étendre explicitement l'abrogation à la loi du 20 mai 1802 ayant rétabli l'esclavage et aux textes coloniaux ultérieurs, sans succès.
Le groupe Socialistes et apparentés a déposé plusieurs amendements pour préciser la portée de l'article 1er, notamment pour viser expressément les lettres patentes de 1723 dites « code noir des Mascareignes » et l'édit de 1724 concernant la Louisiane, ou pour que les textes abrogés soient aussi « réputés illégaux » ; ces amendements ont été rejetés en séance. Un amendement du même groupe, adopté, fait reconnaître par la République que l'ensemble des textes ayant institutionnalisé la réduction d'êtres humains à l'état de bien meuble sont « indissociables du crime contre l'humanité que constituent la traite et l'esclavage ».
Le groupe LFI-NFP a porté la question des réparations, en proposant que l'article 2 aborde « la justice réparatrice » et formule des propositions sur la mise en place de conditions de réparation pour les descendants de victimes, ou sur la création d'une commission de réparation ; ces amendements ont été rejetés. Le groupe ECOS a de son côté demandé un rapport gouvernemental sur les compensations matérielles et financières liées à l'application du Code noir, également rejeté.
Au Sénat, le groupe CRCE-K a cherché à mentionner explicitement les codes noirs des Mascareignes et de Louisiane dans l'article 1er, et à confier à la Fondation pour la mémoire de l'esclavage une mission de recherche comparative sur l'esclavage colonial français ; ces amendements ont été rejetés en commission. Le groupe SER a repris des propositions d'une précédente proposition de loi sénatoriale pour étendre l'abrogation et viser explicitement la loi du 20 mai 1802, sans succès non plus.
Les amendements qui ont changé le texte
Sur les 60 amendements déposés, 9 ont été adoptés. Le groupe LIOT, via le rapporteur Max Mathiasin, est à l'origine de 5 adoptions, dont la précision de l'article 1er sur les textes « prises pour son application, son adaptation, ou permettant son extension à d'autres territoires ». Le groupe LFI-NFP a obtenu l'adoption de 3 amendements enrichissant le rapport prévu à l'article 2 sur l'enseignement de l'histoire de l'esclavage, l'impact sur les descendants et les discriminations contemporaines. Le groupe Socialistes et apparentés a fait adopter un amendement reconnaissant que les textes esclavagistes sont indissociables du crime contre l'humanité constitué par la traite et l'esclavage.
Les groupes GDR, CRCE-K, ECOS, SER et RDPI n'ont vu aucun de leurs amendements adoptés, bien qu'ils aient déposé respectivement 10, 6, 6, 4 et 1 amendements.
Où en est le texte
La proposition de loi, déposée le 16 septembre 2025 et examinée selon la procédure accélérée, a connu une première lecture à l'Assemblée nationale du 16 septembre 2025 au 28 mai 2026, puis une première lecture au Sénat du 28 mai au 20 octobre 2026. Le Sénat a adopté le texte le 20 octobre 2026 par 320 voix pour, aucune voix contre et 18 abstentions émanant du groupe CRCE-K ; tous les autres groupes ayant pris part au vote se sont prononcés majoritairement pour, dont LR, UCI, SER, RDSE, RDPI, GEST, LIRT, UNTPO et les non-inscrits.
Le statut actuel du dossier est indiqué comme première lecture en séance publique, l'état étant « en cours ». Les données disponibles ne précisent pas d'étape ultérieure, comme une éventuelle nouvelle lecture à l'Assemblée nationale en cas de modifications apportées par le Sénat.
Les amendements à retenir
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Amendement n° CL15 · ART. PREMIER · LIOT · Adopté
Amendement du rapporteur Max Mathiasin (LIOT), adopté en commission, précisant que l'abrogation vise les textes « prises pour son application, son adaptation, ou permettant son extension à d'autres territoires ».
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Amendement n° 21 · APRÈS ART. PREMIER · SOC · Adopté
Amendement du groupe Socialistes et apparentés, adopté en séance, faisant reconnaître par la République que les textes esclavagistes sont indissociables du crime contre l'humanité constitué par la traite et l'esclavage.
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Amendement n° CL2 · ART. 2 · LFI-NFP · Adopté
Amendement du groupe LFI-NFP, adopté en commission, demandant que le rapport de l'article 2 évalue la place de l'histoire de l'esclavage dans les programmes scolaires et propose des lieux mémoriels.
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Amendement n° 1 · ART. PREMIER · GDR · Rejeté
Amendement du groupe GDR, rejeté, proposant de remplacer le mot « abrogés » par « annulés » pour donner une portée rétroactive au texte.
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Amendement n° 2 · APRÈS ART. PREMIER · GDR · Rejeté
Amendement du groupe GDR, rejeté, visant à étendre explicitement l'abrogation à la loi du 20 mai 1802 ayant rétabli l'esclavage et à l'ensemble des textes coloniaux liés à la traite.
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Amendement n° 22 · ART. 2 · LFI-NFP · Rejeté
Amendement du groupe LFI-NFP, rejeté, proposant que le rapport de l'article 2 aborde la question de la justice réparatrice et des propositions de réparation pour les descendants des victimes.
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Amendement n° 8 · Article 1er · SER · Rejeté
Amendement du groupe SER au Sénat, rejeté en commission, visant à inclure explicitement les lettres patentes de 1723 dites « code noir des Mascareignes » et le code noir de 1724 en Louisiane dans l'article 1er.
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Amendement n° 1 · Article 1er · CRCE-K · Rejeté
Amendement du groupe CRCE-K au Sénat, rejeté en commission, cherchant à mentionner explicitement les codes noirs qui régissaient l'esclavage dans les Mascareignes.
Les amendements en chiffres
60 amendements déposés sur ce texte : 26 rejetés, 16 irrecevables, 9 adoptés, 7 retirés, 1 tombés, 1 non soutenus.
| Groupe | Déposés | Adoptés |
|---|---|---|
| SOC | 15 | 1 |
| LFI-NFP | 11 | 3 |
| GDR | 10 | 0 |
| LIOT | 7 | 5 |
| CRCE-K | 6 | 0 |
| ECOS | 6 | 0 |
| SER | 4 | 0 |
| RDPI | 1 | 0 |
Tous les votes sur ce texte
- Sénat Première lectureLe Sénat adopte la proposition de loi portant abrogation du « code noir »
Adopté · 320 pour, 0 contre, 18 abstentions
Questions fréquentes
Que contient la proposition de loi sur l'abrogation du Code noir ?
L'article 1er abroge le Code noir de 1685 ainsi que l'ensemble des dispositions prises pour son application, son adaptation ou son extension à d'autres territoires. L'article 2 demande au Gouvernement de remettre au Parlement, dans un délai d'un an, un rapport listant les dispositions du droit colonial encore en vigueur dans les territoires d'Outre-mer et analysant leurs conséquences contemporaines.
Le Code noir avait-il déjà été abrogé auparavant ?
Non. Selon l'exposé des motifs, le Code noir n'a jamais été formellement abrogé, ni lors de l'abolition de 1794 ni lors de celle de 1848 : « la pratique est tombée en désuétude mais pas les textes qui l'instituaient ».
Qui a voté pour l'abrogation du Code noir au Sénat ?
Le Sénat a adopté le texte le 20 octobre 2026 par 320 voix pour et aucune voix contre. Les groupes LR, UCI, SER, RDSE, RDPI, GEST, LIRT, UNTPO et les non-inscrits ont voté majoritairement pour, tandis que le groupe CRCE-K s'est abstenu à 18 voix.
La proposition de loi aborde-t-elle la question des réparations pour l'esclavage ?
Plusieurs amendements du groupe LFI-NFP et du groupe ECOS visant à inscrire la question des réparations matérielles ou financières dans le texte ont été déposés mais rejetés. Le texte adopté ne contient donc pas de disposition sur des réparations.
Où en est la proposition de loi sur l'abrogation du Code noir ?
Après une première lecture à l'Assemblée nationale achevée le 28 mai 2026, le texte a été examiné et adopté par le Sénat le 20 octobre 2026. Son statut actuel est indiqué comme première lecture en séance publique et son état est « en cours ».
Quels amendements ont été adoptés sur ce texte ?
Sur 60 amendements déposés, 9 ont été adoptés, notamment ceux du rapporteur Max Mathiasin (LIOT) précisant la portée de l'abrogation, trois amendements du groupe LFI-NFP enrichissant le rapport prévu à l'article 2, et un amendement du groupe Socialistes et apparentés reconnaissant le lien entre les textes esclavagistes et le crime contre l'humanité.