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Proposition de loi · fiche du texte

Proposition de loi sur le droit des victimes à l'information et à la compréhension des procédures de justice : contenu et adoption au Sénat

Adoptée à l'unanimité par le Sénat le 4 novembre 2026, cette proposition de loi crée un droit à l'information pour les victimes même lorsqu'elles ne sont pas parties à une procédure judiciaire. Portée par la sénatrice LR Marie-Claire Carrère-Gée, elle a été resserrée en commission à un article unique après l'avis du Conseil d'État.

Déposé le 9 juin 2026 · Fiche mise à jour le

Un texte né de deux affaires médiatisées

La proposition de loi trouve son origine dans le meurtre d'Elias, 14 ans, tué à Paris en janvier 2025 par deux mineurs déjà connus de la justice pour une dizaine de délits. Sa mère, Stéphanie Bonhomme, présente dans les tribunes du Sénat selon Marie-Claire Carrère-Gée, s'est heurtée à l'impossibilité d'obtenir des explications sur le parcours judiciaire antérieur des mis en cause, le collège de déontologie des magistrats de l'ordre judiciaire ayant estimé que le secret de l'instruction et l'indépendance de la justice s'y opposaient.

La sénatrice a également cité le cas de Lyhanna, 11 ans, disparue en mai 2025 dans le Gers, dont les inspections ont révélé qu'une plainte pour viol déposée contre l'homme aujourd'hui mis en examen n'avait jamais vraiment été traitée. Selon Hussein Bourgi (SER), ces deux affaires ont mis en lumière un « angle mort » du droit : une victime qui n'est pas partie à une procédure ne dispose d'aucun droit à l'information, même lorsque celle-ci concerne des faits antérieurs liés à son propre drame.

Le contenu du texte : un article unique resserré après l'avis du Conseil d'État

Nadine Bellurot, rapporteure, a rappelé que le texte initial avait été soumis, à la demande du président Larcher, à l'avis du Conseil d'État, lequel a reconnu un objectif d'intérêt général tout en estimant que la rédaction initiale portait une « atteinte disproportionnée » aux secrets de l'enquête, de l'instruction et du délibéré, ainsi qu'au secret professionnel. La proposition de loi a donc été resserrée à un article unique, inséré dans le code de procédure pénale.

L'article unique reconnaît à toute victime, au sens large retenu par le texte, le droit d'être informée, à sa demande, des conditions dans lesquelles la justice a traité des infractions présentant un lien avec des faits la concernant personnellement. Un amendement de la commission (COM-6) a précisé que le procureur de la République, qui n'est pas juridiquement une juridiction, devait être explicitement mentionné parmi les autorités susceptibles d'avoir traité l'infraction.

Le droit créé est supplétif : le procureur de la République et le juge d'instruction demeurent les premiers garants de cette information quand une procédure est en cours. Un magistrat spécialement désigné, pouvant être un magistrat honoraire, n'intervient que dans les autres cas. Un amendement de la commission (COM-7) a précisé cette articulation, suivant l'avis du Conseil d'État selon lequel le dispositif intervient de manière supplétive par rapport aux droits déjà reconnus aux victimes. Ce magistrat pourra accéder aux éléments couverts par le secret, sans pouvoir les révéler, afin d'éclairer la victime.

Deux amendements de la commission (COM-5 et COM-8) étendent l'application du texte en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna.

Le soutien du Gouvernement et les points de vigilance

Le ministre délégué Jean-Didier Berger a indiqué que le Gouvernement soutenait les objectifs du texte, présenté comme comblant un vide pour les victimes qui ne sont pas parties à une procédure. Il a toutefois formulé plusieurs points de vigilance : la nécessité de préciser la notion de « lien avec des faits » pour garantir l'égalité de traitement sur le territoire, l'articulation avec les secrets protégés par la Constitution, et la question des moyens, un décret en Conseil d'État devant préciser qui répondra aux victimes et dans quel délai.

Un vote unanime mais assorti de réserves sur les moyens de la justice

Plusieurs orateurs ont voté le texte tout en insistant sur l'insuffisance des moyens de la justice. Anne Souyris (GEST) a cité des procureurs auditionnés évoquant « 3,7 millions de procédures en stock » et un chiffre selon lequel 58 % des témoignages de faits sexuels sur mineurs ne seraient pas transmis, faute de personnel, tout en précisant que son groupe votait le texte. Hussein Bourgi (SER) a estimé que ce droit nouveau « n'aura d'intérêt et de traduction concrète que si les moyens budgétaires supplémentaires et les effectifs nécessaires sont alloués aux juridictions ».

Béatrice Gosselin (LR) a demandé au ministre « des engagements précis » sur ces moyens ainsi que la publication rapide du décret. Evelyne Corbière Naminzo (CRCE-K) a exprimé une réserve plus marquée, estimant que le texte « se trompe de cause » en répondant par un droit à l'information à ce qui relèverait, selon elle, de dysfonctionnements dans le suivi des peines liés au manque de moyens, tout en présentant le vote de son groupe comme une « consolidation du droit des victimes ». Sylvie Josserand (UNTPO) a dénoncé un risque d'« inflation normative » et interrogé l'effectivité d'un droit à l'information qui se heurterait aux mêmes secrets invoqués jusqu'ici, tout en annonçant que son groupe voterait le texte.

Où en est le texte

Le Sénat a adopté la proposition de loi en première lecture le 4 novembre 2026, par 343 voix pour sur 343, tous les groupes ayant voté majoritairement pour, y compris LR, UCI, SER, CRCE-K, RDSE, RDPI, GEST, LIRT et UNTPO. Le dossier, déposé le 9 juin 2026, est donc passé de l'examen en commission, où onze amendements ont été débattus, à l'adoption en séance publique. Aucune étape ultérieure n'est pour l'instant renseignée dans le dossier législatif.

Les amendements à retenir

  • Amendement n° 2 · Article unique · SER · Adopté

    Amendement du groupe SER garantissant que l'information due à la victime lui soit délivrée avec interprétation et traduction lorsqu'elle ne comprend pas le français, notamment pour les territoires ultramarins comme La Réunion. Adopté en commission.

    , 10 cosignataires · Sénat, examen en commission , déposé le 2 novembre 2026

  • Amendement n° COM-6 · Article unique · LR · Adopté

    Amendement LR précisant que le procureur de la République, qui n'est pas juridiquement une juridiction, doit être explicitement mentionné parmi les autorités ayant pu traiter l'infraction. Adopté en commission.

    , 1 cosignataires · Sénat, examen en commission , déposé le 26 octobre 2026

  • Amendement n° COM-5 · Article unique · LR · Adopté

    Amendement rédactionnel LR de coordination lié à l'extension du texte en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. Adopté en commission.

    , 1 cosignataires · Sénat, examen en commission , déposé le 26 octobre 2026

  • Amendement n° COM-7 · Article unique · LR · Adopté

    Amendement LR précisant, conformément à l'avis du Conseil d'État, que le magistrat désigné n'intervient qu'à titre supplétif, lorsque le procureur ou le juge d'instruction n'assurent pas eux-mêmes l'information de la victime. Adopté en commission.

    , 1 cosignataires · Sénat, examen en commission , déposé le 26 octobre 2026

  • Amendement n° COM-8 · Article unique · LR · Adopté

    Amendement LR garantissant l'application de la proposition de loi en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. Adopté en commission.

    , 1 cosignataires · Sénat, examen en commission , déposé le 26 octobre 2026

Les amendements en chiffres

11 amendements déposés sur ce texte : 5 adoptés, 4 rejetés, 2 retirés.

GroupeDéposésAdoptés
LR84
SER31

Tous les votes sur ce texte

  1. Sénat Première lecture
    Le Sénat adopte à l'unanimité la proposition de loi sur le droit des victimes à l'information et à la compréhension des procédures judiciaires

    Adopté · 343 pour, 0 contre, 0 abstentions

Questions fréquentes

Que contient la proposition de loi sur le droit des victimes à l'information ?

Elle crée, dans un article unique du code de procédure pénale, un droit pour toute victime d'être informée, à sa demande, des conditions dans lesquelles la justice a traité des infractions liées à des faits la concernant, même si elle n'est pas partie à la procédure. Ce droit est supplétif, le procureur ou le juge d'instruction restant les garants prioritaires de l'information.

Quand la proposition de loi a-t-elle été adoptée ?

Le Sénat l'a adoptée en première lecture le 4 novembre 2026, par 343 voix pour sur 343 votants, aucun vote contre ni abstention n'ayant été enregistré.

Qui est à l'origine de ce texte ?

Le texte est porté par la sénatrice LR Marie-Claire Carrère-Gée. Il trouve son origine dans le meurtre d'Elias, tué à Paris en janvier 2025, et dans la disparition de Lyhanna dans le Gers en mai 2025, deux affaires où les victimes ou leurs proches n'avaient pas pu obtenir d'informations sur des procédures antérieures liées à leur drame.

Le texte a-t-il été modifié en commission ?

Oui, la commission a adopté cinq amendements sur onze déposés, dont quatre du groupe LR et un du groupe SER. Ces modifications précisent le rôle du procureur de la République, l'articulation avec les magistrats désignés, l'extension outre-mer et les garanties d'interprétation pour les victimes ne comprenant pas le français.

Y a-t-il eu des oppositions au texte ?

Aucun groupe n'a voté contre, mais plusieurs orateurs ont exprimé des réserves sur l'effectivité du dispositif faute de moyens suffisants pour la justice, notamment Evelyne Corbière Naminzo (CRCE-K) et Sylvie Josserand (UNTPO), tout en votant finalement en faveur du texte.

Quelle est la prochaine étape pour ce texte ?

Après son adoption en première lecture au Sénat le 4 novembre 2026, aucune étape ultérieure n'est encore renseignée dans le dossier législatif.

Dossier législatif officiel

Fiche rédigée par Legiwatch avec l'aide d'une intelligence artificielle, à partir des données ouvertes de l'Assemblée nationale et du Sénat : dossier législatif, exposé des motifs, texte, amendements et comptes rendus des débats. Les citations et les chiffres sont vérifiés automatiquement dans ces sources avant publication. Une erreur ? Signalez-la.