ESC

Tape pour rechercher dans les pages, le lexique (250 termes), les articles, les tags…

Lexique parlementaire

Article 40 de la Constitution

Article qui interdit aux parlementaires de proposer des amendements créant ou aggravant une charge publique sans compensation. Pivot du contrôle parlementaire en matière budgétaire.

L’article 40 de la Constitution est l’article qui interdit aux parlementaires de proposer des amendements ou des propositions de loi créant ou aggravant une charge publique sans compensation. C’est un pivot du contrôle parlementaire en matière budgétaire.

Texte

Les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique.

Origine et raison d’être

1958 : la 5e République

Article inscrit dès la Constitution de 1958 par les rédacteurs (Michel Debré, René Cassin) pour :

  • Limiter le pouvoir budgétaire du Parlement
  • Éviter les dérives de la 4e République (ministres faisant adopter des amendements coûteux)
  • Renforcer l’exécutif dans la fabrique de la loi

Principe

Le Parlement vote la loi de finances, mais ne peut pas la dégrader sans solution alternative.

Application

Filtre de recevabilité

Les amendements parlementaires sont filtrés dès leur dépôt :

  • À l’AN : par le Bureau de la commission des finances
  • Au Sénat : par la commission des finances

Sanctions

Un amendement jugé irrecevable est rejeté avant examen. Pas de débat possible.

Volume

Sur le PLF, l’article 40 élimine 30 à 40 % des amendements déposés. Sur les autres textes : 5 à 10 %.

Solutions

Le « gage »

Compenser la création d’une charge par une augmentation des recettes (souvent une augmentation symbolique de tabac/alcool). C’est le gage fiscal. Le Gouvernement peut lever le gage ensuite.

La transformation en proposition

Demander au Gouvernement de proposer la même mesure (puisque l’article 40 ne s’applique pas au Gouvernement).

Reformuler en réduction de recette

Si on veut une dépense, transformer en niche fiscale ou en crédit d’impôt (qui est une moindre recette plutôt qu’une dépense).

Jurisprudence

Conseil constitutionnel

Le Conseil a précisé la portée de l’article 40 dans plusieurs décisions :

  • Charge publique : toute aggravation, même indirecte
  • Diminution des ressources : toute baisse, même par exonération ciblée
  • Effets prévisibles : pas seulement immédiats

Restrictions du périmètre

Certaines mesures ne sont pas considérées comme des « charges » :

  • Création d’organismes sans dépenses immédiates
  • Études ou rapports
  • Procédures ou règles non immédiatement coûteuses

Critiques

« Carcan trop étroit »

Le droit d’amendement parlementaire est très limité. Beaucoup de bons amendements sont rejetés.

« Dérive » de l’interprétation

L’interprétation extensive de la « charge publique » rend la plupart des amendements à enjeu social/écologique irrecevables.

Dissymétrie Gouvernement / Parlement

Le Gouvernement est libre de proposer des dépenses. Les parlementaires sont brimés. Inégalité dans la fabrique de la loi.

Réformes proposées

  • Supprimer l’article 40 (peu probable, cela demande révision constitutionnelle)
  • Élargir le concept de gage (gages plus souples)
  • Permettre des « amendements de méthode » sans charge directe
  • Distinguer PLF (où l’article 40 a du sens) des autres textes

Aucune réforme n’a abouti depuis 1958.

Pour les acteurs publics

L’article 40 est incontournable pour qui rédige des amendements :

  • Anticiper dès la rédaction
  • Proposer un gage crédible
  • Éviter les formulations trop coûteuses
  • Prévoir des solutions de repli

Pour aller plus loin

Comprendre, c'est bien. Agir, c'est mieux.

Legiwatch suit en temps réel toutes les mentions de ces objets parlementaires : amendements, scrutins, articles, alinéas, débats. Avec une IA qui parle votre métier.

Voir une démo