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Former les affaires publiques autrement : éthique, terrain et esprit critique.

Il y a un mot qui colle à la peau des affaires publiques : le malentendu.
Malentendu sur ce que recouvre le métier. Malentendu sur le rôle du lobbying. Malentendu, aussi, entre les mondes qui doivent se parler — entreprises, institutions, médias, opinion publique.
Dans cet épisode d’Hémicycle, j’ai reçu Andréa Ankri, cofondatrice d’Egora, une école d’affaires publiques récente, pensée comme une formation professionnalisante et “terrain” dès la première année. Pendant l’échange, une idée revient sans cesse : on ne manque pas d’informations, on manque de traduction, de méthode et d’esprit critique.
La définition d’Andréa est simple et assez rafraîchissante : pour elle, le lobbying n’est pas une technique pour “imposer” une décision. C’est d’abord une médiation, une traduction entre des univers qui n’ont pas les mêmes codes.
Elle vient du monde du conseil et de l’opérationnel (grands groupes, hôpitaux, banques, PME). Et c’est précisément ce parcours qui lui a fait voir le décalage : beaucoup d’organisations, quelle que soit leur taille, sont désarmées face au monde politique — pas par manque d’intérêt, mais parce qu’elles ne parlent pas la même langue. Quand elle rencontre Grégory (son associé), ce décalage devient évident : deux cultures, deux grammaires, et une difficulté à construire des ponts.
De là naît Egora : créer un espace de formation qui prépare à cette interface, là où le réel se joue.
Egora revendique un positionnement clair : une école post-bac en 5 ans, dédiée aux affaires publiques dès l’entrée — là où beaucoup de formations traditionnelles traitent ces sujets tardivement, via des options ou des masters spécialisés.
L’ambition affichée : former des profils “hybrides”, capables de lier :
Andréa insiste sur ce point : les affaires publiques sont un métier de lien humain, et la pédagogie doit refléter ça — par la pratique, l’interaction, les mises en situation.
L’un des aspects les plus intéressants de l’épisode, c’est la manière dont l’école a été conçue : pas en recopiant un modèle académique, mais en partant d’une enquête quasi “terrain”.
Egora s’est construite en interviewant :
Résultat : un constat fort. Pour beaucoup, “affaires publiques” est un mot-valise. Selon les personnes, cela renvoie à :
Donc il faut poser les contours, expliquer, clarifier, et surtout : apprendre à faire le tri.
Dans la séquence “vrai / faux”, Andréa démonte une idée très répandue : les affaires publiques seraient réservées aux profils “classiques” et aux parcours prestigieux.
Son message est limpide : on apprend ce métier par la pratique, avec de la méthode, et avec de la motivation. Et l’école assume aussi un constat sur les profils : la cible ne se limite pas aux étudiants déjà “identifiés” (science politique, relations internationales). Elle observe beaucoup d’étudiants passionnés par l’actualité, parfois indécis, qui cherchent une formation où sens + stimulation intellectuelle + débouchés concrets peuvent coexister.
Autrement dit : les affaires publiques ne sont pas une filière “fermée”. Elles peuvent être une voie pour celles et ceux qui veulent rester connectés à l’intérêt général, sans forcément se projeter dans les trajectoires les plus balisées.
Un passage clé de l’épisode : la place de l’éthique.
Andréa le dit sans détour : l’école ne veut pas former au “lobbying cynique”, celui qui vise à imposer une décision coûte que coûte. Elle défend une vision du lobbying :
Elle fait une analogie parlante : comme chez les avocats, tout sujet peut avoir besoin d’une défense, mais chaque professionnel garde sa liberté de refuser certains dossiers. Dans le cursus, cela se traduit par des cours de déontologie, de transparence, de cadre réglementaire (HATVP, RGPD, etc.), et une préparation concrète à une question très opérationnelle : comment exercer sans se mettre en risque — ni moral, ni légal, ni réputationnel.
Sur la transparence, la position est nuancée : aller plus loin peut aider à valoriser le métier et à réduire les soupçons. Mais la transparence doit être faisable, conçue avec du “bon sens”, et idéalement co-construite avec des personnes qui connaissent réellement le terrain, pour éviter des dispositifs qui bloquent le travail au lieu de l’encadrer.
C’est une ligne intéressante : ne pas opposer principe et pratique, mais chercher un cadre qui tienne.
Autre thème majeur : l’intelligence artificielle.
Andréa est plutôt optimiste, mais lucide : l’IA va remplacer ou automatiser une partie des tâches techniques. Conséquence : ce qui fera la différence, c’est tout ce qui résiste mal à l’automatisation :
Egora intègre déjà des cours d’IA appliquée aux affaires publiques : apprendre à formuler un besoin, à utiliser les outils, mais surtout à garder une distance critique face aux réponses produites.
Si l’épisode devait se résumer à un fil rouge, ce serait celui-ci : l’esprit critique.
Pas au sens “critiquer”, mais au sens :
Dans un monde saturé d’infos, d’indignation et de raccourcis, c’est presque une compétence de santé mentale… et une compétence de citoyenneté.
Au-delà d’une école, cet épisode raconte un mouvement plus large : la recherche d’une professionnalisation des affaires publiques qui ne se fasse ni au détriment de l’éthique, ni au détriment du débat.
Former des professionnels capables de parler à tout le monde — et d’éviter que la complexité se transforme en conflit permanent — c’est un enjeu politique, au sens noble.
Et c’est exactement ce qu’Andréa et Egora essaient de construire : une formation connectée au terrain, rigoureuse, et tournée vers une nouvelle génération qui refuse de choisir entre carrière et sens.